Génération Bovary, Génération Zorro? Les « nouveaux Bovary » selon Nicolas Bordas

Extrait du long article, fouillé et précis,  consacré par Nicolas Bordas (patron de TBWA) aux Nouveaux Bovary:

« Selon Lewi, les nouveaux bovarystes sont des pro-am : des amateurs professionnels à la
recherche de solutions concrètes coconstruites : ” Ces co-concepteurs bénévoles sont animés
par une même éthique du bien commun, non appropriable par un intérêt privé. Ils créent de
nouveaux espaces sur la toile, vertueux et altruistes”. Ils fonctionnent à la passion, comme des
“apprentis cuisiniers de la vie”, indépendants et créatifs, travaillant en “brigades”. Ils sont, pour
Georges Lewi, une génération de la résilience : “ils savent qu’ils sont au milieu du chaos et qu’il
faut bien qu’ils s’en sortent, que la violence n’apportera rien, car il ne savent pas contre qui la
retourner”. C’est pourquoi cette génération a choisi le fonctionnement horizontal en rhizomes,
à taille humaine, qui constituent des réserves d’énergie et se développent de façon souterraine
et horizontale, laissant les expériences s’élaborer simultanément. Il s’agit d’une génération
qui n’attend rien des générations précédentes, mais qui, “en faisant rhizome”, a simplement
décidé de reprendre son destin en mains. Sa manière à elle de ne pas simplement chercher
une nouvelle voie (comme dirait Edgar Morin), mais de l’expérimenter. Et si c’était la génération
reconstructrice dont le monde a tellement besoin ? Génération Z comme Zorro ! »

www.nicolasbordas.fr/et-si-les-illusions-de-la-gene…

La taxe Nutella, l’oxymore parfait et… le mythe absolu!

Vérité médicale ou simple besoin d’argent, les deux peut-être, pouvoirs publics et journalistes ont inventé l’expression très visuelle de   « taxe Nutella »

Comme il y a de l’huile de palme, au dire de l’industriel, incontournable dans le quatre-heure  préféré des tartines des petits Français, comme il y a de l’huile de palme dans la mémoire d’enfance de bien des adultes, c’est Nutella qui fut cité comme prénom de la taxe contre l’huile de palme. Comme jadis Coca-Cola pour la taxe sur les boissons sucrées.

Nutella ne s’y attendait pas. Au regard de la valeur ajoutée, peu lui importe, sans doute, la taxe mais de là à devenir le symbole d’un poison qu’on taxerait comme une vulgaire cigarette! Là non!

Car ceux qui ont inventé  l’expression de « Taxe Nutella » ont réinventé la communication, l’art de l’oxymore, l’art de faire croire que les alliances des contraires est possible et souhaitable. Se faire plaisir et enrichir la nation! Etre égoïste jusqu’au fond de sa tartine et en faire profiter les autres, moins riches! La taxe Nutella devient le symbole de l’équité. Bravo pour la trouvaille!

Mais pour Nutella, c’est un moins drôle; De meilleur dessert, le pot aux couleurs douteuses va lentement laisser filtrer son poison de produit à  risque pour la santé des petits. « En France, on ne taxe pas pour rien et …il n’y a pas de fumée sans feu » diront les plus légitimistes. Et ils sont nombreux lorsqu’il s’agit de la santé de leurs petits.

L’oxymore est comme la langue d’Esope la meilleure et la pire des figures rhétoriques. Nutella paient de grandes pages de publicité pour se justifier. Mais la firme peut-elle lutter contre un oxymore, l’expression rhétorique de la subtilité, l’expression du mythe absolu de l’alliance réussie des contraires?

Jadis Coca protesta puis se tut en s’apercevant que le déni est encore pire que le mal face à la force symbolique du mythe engendré par un simple oxymoron.

 

Flexi-sécurité, Force tranquille, Président normal, Contrat de confiance.Le piège des oxymores.

L’être humain socialisé est un être de compromis.Certains animaux également. C’est du moins ce qu’observent les éthologues. Certaines civilisations ont même été  fondées sur la rencontre des contraires, celle du Ying et du Yang, du blanc et du noir, du rouge et du noir.

Certains poèmes  s’amusent tragiquement du soleil noir, des déserts de pluie, des oranges bleues…
La Rome antique fut malgré son culte de la force la civilisation qui savait « avaler », absorber les autres croyances. Nous en sommes les héritiers et cherchons au travers de l’oxymore (oxymoron) de permettre aux contraires de cohabiter. c’est le nouveau ticket gagnant du Storytelling contemporain.

Dans l’actualité, la flexi-sécurité. Tant mieux si les entreprises parviennent à avoir plus de souplesse et le salarié plus de sécurité. La formule n’est pas belle mais l’idée fait rêver. La force tranquille,comme  une idée de Teddy Rinner et de David Douillet ensemble, a fait élire un président. Le qualificatif de « président normal » participa à l’élection de celui-ci. on voulait voir…Un rêve! Mais après? En marketing, les «  brand managers » savent que le contrat de confiance est plus facile à exprimer qu’à tenir dans les faits et dans la durée.Car vous aviez bien compris que la confiance ne peut pas se contractualiser… et que Darty avait inventé un des oxymores les plus astucieux du marketing.

L’oxymore est la formule la plus séduisante de la rhétorique mais c’est aussi la plus dangereuse. Il exprime le rêve de l’impossible, l’utopie d’un monde nouveau, l’illusion d’une autre vie.

Don Quichotte businessman, Bovary heureuse, Lear comblé? Que de rêves aussi  impossibles à réaliser que ceux de nos nouveaux oxymores politiques et économiques!

 

Dîner de la « ligue des mythographes extraordinaires ». Renouveau du banquet selon Platon

Christian Gatard, prévisionniste et auteur  reconnu eut l’idée de réunir ses amis et tous ceux qu’il avait déniché comme  s’exprimant autour des mythes, de l’antique à la science fiction, du littéraire au spécialiste de l’informatique ou du nucléaire, du storyteller au sociologue, de l’engagé à l’enragé.

Filles et gars.

Nous nous réunissons pour une série de banquets « à la Platon ». Finalement, ils et elles, les mythographes sont en nombre. Qui l’eût cru? Le mythe comme mode de pensée et d’expression est bien de retour. Le monde contemporain en a besoin comme il a besoin d’air, d’eau, de justice, de raison et de croyances majeures. Ces histoires, ces représentations  que nous connaissons tous, depuis notre petite enfance, il y a 10 000 ans  et que nous appelons mythes, nous les croyons vraies. C’est ce qui en fait des mythes et non de « vulgaires » historiettes. Nous en avons besoin. Simplement pour continuer à nous situer dans le monde, pour le comprendre un peu mieux ou plus exactement pour comprendre la place qui est la nôtre face à l’univers, face aux autres groupes, face à nous-même. Pour comprendre notre identité.

Quelqu’un ce soir posa la question « Qu’est ce qu’un banquet »? 

Pour définir le mythe, feu d’artifice de réponses sur les identités, les oppositions, la place de chacun, le plaisir d’être ensemble, essence même de la condition  humaine et « condition sine qua non » de la réflexion dans notre espèce.

Les Grecs anciens avaient bien compris qu’il n’y a pas d’échanges  d’idées fondamentales sans plaisir d’être ensemble et sans en constituer les conditions.

Les amis de Facebook se retrouvent souvent en banquets de la vie réelle.Ils appellent cela des brunchs par exemple. La boucle est ainsi  bouclée. Platon peut dormir en paix; les « Nouveaux Bovary » sont là pour prendre la relève et prendre plaisir à repenser le monde autour d’un verre de vin…

Le dimanche à la campagne ou le mythe bovarique du bonheur… ailleurs »

« Il lui semblait que certains lieux sur terre devaient  produire du bonheur, comme une plante particulière au sol et qui pousse mal tout autre part » (Emma Bovary. I.VII. Gustave Flaubert)

Sans doute pour moi, une des meilleurs phrases du roman et sans doute la meilleure définition du Bovarysme. Un sentiment mimétique, une belle et bonne nature ne peut qu’entraîner belles et bonnes choses. Et en creux, l’analyse de René Girard sur le bouc émissaire, les autres lieux qui ne peuvent qu’apporter ennui et désillusion.

René Girard cite abondamment Flaubert et particulièrement Emma Bovary. Je le soupçonne même d’avoir fait du romancier du XIXe siècle  la base de sa théorie lié au mimétisme. « Elle avait lu Paul et virginie » nous apprend-il comme pour expliquer son comportement ultérieur face à la banalité de l’existence d’une femme de médecin besogneux.

Je pensais à cette phrase de Flaubert en regardant la campagne et les couleurs de Dieppe ce week-end; Comme si ici, avec la vue sur la mer, les couleurs du ciel, l’écriture, la vie, le reste devenait plus simple, plus beau, plus heureux…Comme si cet endroit « produisait du bonheur ».
Le week-end prochain, ce sera la fête à la coquille (St Jacques) et au hareng. La ville sera pleine de volutes de fumée. Comme si le bonheur, voulait à son tour s’envoler…

Le mythe du week-end heureux, si souvent contredit dans nos vies,  peut-il devenir une réalité? Le temps d’un rayon de soleil sur des vagues  tantôt grises, tantôt bleutées reflétant le ciel changeant, comme l’humeur d’un mythologue.

De la bonne utilisation d’un ancien premier ministre ou d’un ancien président ou le mythe de la chaise vide.

Avec le rapport Jospin sur la moralisation de l’action politique commandé par la président de la république, on a un aperçu de l’utilité d’un ancien, président ou premier ministre.
Une sorte de président émérite, comme on le fait avec les « vieux « professeurs autorisés à enseigner mais sans être rémunérés.

Cette idée plutôt astucieuse devrait être étendue aux anciens adversaires. V. Giscard D’estaing avait servi de rempart pour la constitution européenne. Plutôt que le conseil d’état, ce serait une bonne façon de les utiliser. Si le pouvoir actuel osait donner une mission à N. Sarkozy et F. Fillon, on aurait peut-être une démocratie plus pacifiée, un espace de consensus.Car finalement, dans bien des domaines, c’est ce que souhaitent les gens: que la classe politique toute entière travaille pour eux. Que l’on évite le mythe de la chaise vide qui attendrait un improbable retour. L’image de Giscard laissant cette chaise vide avait été du plus mauvais effet sur l’image de l’homme politique identifié à un mauvais joueur.

Avec à mon sens une contrainte, ne pas dépasser 70 ans. Malgré les qualités de cet ancien premier ministre, son âge l’a sans doute empêché de penser réseaux sociaux, votes par internet, tout ce qui fait le quotidien des « nouveaux Bovary » , la génération des networks digital natives. 

Dommage!

 

Le président et le gouvernement de la Vénus de Milo aux Géants aux cent bras.

Avalanche cette semaine (déjà bien chargée au niveau internationale) avec les élections aux USA et en Chine) d’actions tous azimuths, de décisions et de présences  gouvernementale et présidentielle.

Pendant l’été, le président nous avait donné le sentiment de la Venus de Milo, stoïque, immobile, magnifique; un président de musée!

Et là cette semaine, tout y passe: le rapport Gallois sur la compétitivité, le rapport Jospin sur le non cumul des mandats, la mise en examen du président, la proportionnelle, puis la date du 19 mars

Tribune – Décryptage du mythologue: New-York, la perverse ?

« Le decryptage du mythologue » est une nouvelle tribune que je signe sur Influencia.

En plongeant New-york dans l’obscurité, l’ouragan Sandy a paradoxalement mis en lumière le mythe immortel de New-york. Plongée dans le noir, la ville a révélé que sa perversité nous était indispensable.

A l’annonce de l’ouragan, toutes les caméras (aidées, il est vrai par la future élection), filmèrent une ville devenue aussi triste qu’une sous-préfecture normande un soir de novembre.

Broadway sans ses lumières, Wall Street sans sa bourse, les rues sans personne, la ville barricadée de planches mal ajustées. New-York sans son marathon, sans son énergie vitale…New-York sans New-York ! C’est en creux que l’on a redécouvert la force de cette ville-capitale. Wall street est sans électricité et l’ensemble du monde économique plonge dans le noir. 50 000 marathoniens restent comme hébétés et le mythe du dépassement sportif fait du sur-place.

On peut, certes, jouer mais pas aussi bien qu’à Vegas, on peut grimper mais pas aussi haut qu’au Mont Blanc. On peut courir mais pas aussi vite qu’à New-York ! Cette ville symbolise le mythe, l’archétype de l’hubris, de la démesure, du désir sans limite. Ce désir inscrit au plus profond de chaque homme l’amène à se surpasser pour toiser les dieux, devenir leur égal et peut-être les dépasser. Car le désir humain est toujours un désir d’absolu, un désir de New-York. Alors lorsque la démesure faiblit ici, les lumières du monde entier vacillent.

Lire la tribune « New-York, la perverse » dans son intégralité sur Influencia