A quoi sert un mythologue sur Influencia.

A quoi sert un mythologue ?

PUBLIÉ sur INFLUENCIA LE 25 SEPTEMBRE 2013
A quoi sert un mythologue ?

 

Avec la deuxième saison de « décryptage du mythologue », les lecteurs d’INfluencia nous interrogent de plus en plus sur la définition d’un mythologue et de son utilité. Réponse en 3 exemples…

Le mythe est une histoire, souvent ancienne, qui permet à l’être humain de se situer dans son époque, dans son milieu, dans sa situation. 

Le mythologue décode les mythes contemporains, c’est-à-dire nos comportements.

 

Le mythe, depuis toujours, donne au genre humain, au groupe, à l’individu une explication de « sa » place dans le monde, un cadre référentiel à ce qui lui arrive. Ces « histoires anciennes », nous les croyons toujours –plus ou moins- vraies car elles représentent la transmission du patrimoine culturel de l’humanité. Le mythe d’Œdipe explique pourquoi les garçons sont attachés à leur maman, le mythe de Sisyphe pourquoi les tâches sont souvent répétitives, le mythe de Narcisse pourquoi on a tendance à s’admirer soi-même.

Le mythologue et la morale : Snowden, nouveau mythe d’Antigone.

 

Le mythe d’Antigone est l’histoire de cette sœur qui veut enterrer dignement et avec tous les honneurs son frère qui a trahi la patrie. Créon, le dirigeant d’alors s’y oppose. Antigone outrepassera cette « raison d’état » et sera condamnée. L’explication du mythe (venu de la tragédie grecque et repris pendant la 2e guerre mondiale par J. Anouilh) représente la complexité de la morale humaine, entre morale individuelle et morale collective. Peut-on blâmer Snowden d’avoir « alerté » le monde sur les pratiques de la CIA ? Certes, non ! Peut-on condamner la CIA de chercher à « punir » Snowden d’avoir révélé des secrets d’états censés protéger le monde contre d’autres 11 septembre ? Non plus ! Le mythe d’Antigone nous montre une réflexion qui existait déjà, il y a 25 siècles.

Le mythologue et l’innovation : le smartphone, nouveau mythe de Prométhée.

Le monde grec (ancien) inventa pour la création des espèces sur terre une fable plutôt drôle. Les dieux de l’Olympe confièrent à Prométhée et à son frère Epiméthée qu’on décrit comme complètement idiot, le soin de doter toutes les espèces des défenses nécessaires à leur survie. Epiméthée attribua donc à certains animaux , comme les fauves, la force de dévorer les autres pour se nourrir, à d’autres, comme les gazelles, la vitesse pour échapper aux griffes des prédateurs, à d’autres comme les reptiles le moyen de se cacher, à d’autres de grosses écailles, des fourrures épaisses, une très grande taille ou au contraire la petitesse de l’invisibilité…

Arrivé à l’espèce humaine, Epiméthée, cet imbécile, ne trouva plus rien dans le grand sac des « accessoires » de défense. L’homme était nu et sans défense. Son frère alla donc « chiper » un bout d’intelligence de la déesse Athéna et le feu pour permettre à aux humains de fabriquer des outils de défense. Mais, on ne vole pas les dieux impunément ! L’Olympe en fut courroucé, Prométhée fut puni d’un cancer du foie et l’humanité obligée de se méfier de ses propres outils. Les armes comme les smatphones. Depuis le mythe grec, nous savons que toutes nos inventions ont une double portée, bonne ou mauvaise selon l’usage que nous en faisons.

 

Le mythologue et la politique : le « Ni-ni » était déjà dénoncé par Roland Barthes.

Les mythologues sont des enfants de JP. VernantP. VeynesC. Lévy-Strauss, de quelques autres et de …Roland Barthes qui avec son ouvrage « Mythologies » fut le premier à dire clairement qu’il se servait des mythes pour expliquer le monde contemporain, ses manies, ses idées, ses objets…

Au temps où le « ni-ni » refait surface en politique, on relit avec ravissement ce texte de R. Barthes : « Il s’agit d’une mécanique de la double exclusion qui relève en grande partie de cette rage numérique…Et que j’ai cru pouvoir définir en gros comme un trait petit bourgeois. On fait le compte des méthodes avec une balance, on en charge les plateaux à volonté, de façon à pouvoir apparaître soi-même comme un arbitre impondérable doué d’une spiritualité idéale, et par là-même, juste, comme le fléau qui juge la pesée »

Le mythe du « ni-ni » est donc celui du « faux rationnel ». On en connait beaucoup. Jadis on les nommait « rhéteurs » et un peu plus tard « beaux parleurs ».

Le mythologue analyse (et trouve des solutions) car il a intégré ce qu’on nomme « les invariants », les adaptations des humains à des situations de risque, de conflit dont les circonstances sont différentes mais les enjeux identiques. « Homère est nouveau ce matin et rien n’est aussi vieux que le journal d’aujourd’hui », nous disait déjà Charles Péguy.

 

 

Les mythes du futur dévoilés à Marseille le 30 septembre à 16h.

La Foire internationale de Marseille a décidé de traiter cette année de toutes les créativités, de toutes les innovations et d’aborder « nos 20 prochaines années ». Elle invite 3 experts reconnus pour leur approche des mythologies du futur, à commencer par le célèbre prospectiviste Christian Gatard, « qui vit aujourd’hui pour demain. » Emmanuel Lemieux, journaliste, qui travaille sur les emplois du futur et Thomas Jamet de l’agence Moxie New-York/Paris(groupe Publicis)  qui va apporter son regard sur la révolution du digital et son impact à 20 ans…

Puis suivra une table ronde, sur Marseille dans 20 ans, présidée par Michel Kester, le président de Safim  qui accueillera Bernard, Belletante, DG de Kedge Business School, Hugues de Cibon de Marseille-Provence 2013 sur les enjeux de la culture pour l’économie, , Richard Latière et d’autres managers et chefs d’entreprises. qui font l’économie marseillaise…

Belle initiative de la Foire de Marseille, qui se situe en affluence visiteurs  juste derrière Paris et réalise sur le site pendant 10 jours 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’équivalent du chiffre d’affaires annuel de ….10 hypermarchés de taille moyenne.

Les grandes foires ne sont pas mortes car, pour les plus dynamiques d’entre elles, elles ont su conserver leur part de mystère annuel, les animations, et les rencontres qui recréent cette atmosphère bon enfant dont beaucoup d’entre nous rêvons encore…Le mythe de l’agora n’est pas vraiment mort malgré le numérique.Il semble même que le numérique  encourage ces nouvelles sociabilités.

Rencontre économique de la Foire de Marseille. « Nos 20 prochaines années ». Palais des Arts (dans la Foire). Lundi 30 septembre de 16 à 19 H. Entrée gratuite à cette conférence (à condition d’avoir son « billet Foire »)

Enfin, le roman Bovary21 en version numérique, partout… Et l’interview très, très indiscrète de Thierry Semblat pour Market Research News

Interview de Georges Lewi, auteur du roman Bovary21 par Thierry Semblat.

20 sept. 2013

Et si Emma Bovary réapparaissait aujourd’hui, en ce début de 21ème siècle ? Elle, ou plus exactement sa transposition au travers du personnage de Bovary21, une blogueuse de 27 ans descendante en 7ème génération de l’héroïne de Flaubert, évoluant auprès d’un Charles directeur marketing d’une multinationale des boissons sucrées, et dans les radars d’un Rodolphe flamboyant banquier d’affaires. Mais échappera-elle au destin tragique de son aïeule ?Résumée en quelques mots, telle est l’intrigue de cet étonnant roman d’un Georges Lewi , en forme de suite inattendue à son essai consacrée à la génération post Y. La plume est jubilatoire, l’humour corrosif. Voici donc une lecture fortement conseillée pour les amateurs de marketing en ces temps de rentrée littéraire. L’auteur répond aux questions de Market Research News.

 

Market Research News : Après avoir publié en début d’année un essai consacré à la génération Bovary (celle qui succède à la génération Y), vous récidivez en quelque sorte, avec un drôle de roman dont le personnage central est Emma21, la descendante en 7ème génération de l’héroïne de Flaubert. Nous retrouvons ainsi la figure d’Emma Bovary transposée au 21ème siècle, avec un Charles directeur marketing d’une grande multinationale de l’eau sucrée et un Rodolphe banquier, l’intrigue du roman étant naturellement de savoir si Emma21 va échapper à la destinée de son aïeule et au suicide.. On dirait que vous vous amusez bien, et que vous avez pris grand plaisir à écrire ce roman ! ?

Georges Lewi : Ce roman, comme l’essai précédent est une promesse que je m’étais faite à moi-même  (les plus difficiles à tenir) au moment où je passais l’agrégation de lettres classiques d’écrire « la suite », une suite, (je ne savais pas très bien) à Madame Bovary, œuvre de Flaubert qui m’avait alors fasciné. Depuis trois ans, je tournais « autour du pot » en commençant par un scenario et une pièce de théâtre encore dans les tiroirs, puis l’essai publié chez Pearson et là, le roman. Une vraie suite, cent cinquante ans plus tard et en évitant de vouloir plagier le style écrasant de Gustave Flaubert, puisque c’est la jeune blogueuse qui écrit et non pas un narrateur qui « jouerait à être Flaubert », le talent, en moins.

Pourquoi cette « fascination » pour ce personnage d’Emma Bovary ?

J’ai cru découvrir chez Emma Bovary l’essence même du  tragique humain. Ce qu’on nomme (lorsque c’est pathologique) le bovarysme : vouloir toujours être ailleurs, être autre, ne pas se contenter de ce qu’on a, rêver d’une autre vie même si, dans son for intérieur, on sait que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs…Le bovarysme représente, pour moi,  la condition humaine, le mythe des mythes, le pouvoir que possèdent les humains de se « croire, de se penser autres qu’ils ne sont ». C’est une vision assez romantique du monde. Une vision anti-bourgeoise qui considère, quant à elle,  que le monde est bien comme il est. Emma Bovary pouvait se contenter de son mari, de son statut d’épouse de médecin, de mère d’une petite fille…Non ! Il faut qu’elle aille voir ailleurs. La conne ! disent certains. Pas moi !

Pour les femmes, depuis le 19ème siècle, beaucoup de choses ont changé au moins en apparence, mais au fond, ne dites-vous pas que rien n’a changé et que rien ne changera jamais ? Ou dit autrement, le bovarysme est-il indissociable de l’être au féminin ?

Tout a changé et cependant, l’être humain (au féminin et au masculin) a toujours les mêmes rêves sentimentaux. C’est un invariant depuis l’origine du monde. Mars et Venus. Les femmes en particulier rêvent d’un monde de princesse et de la venue du prince charmant qui devrait rester charmant toute la vie. Elles idéalisent la relation de couple. C’est sans doute pourquoi cette lecture romantique de la vie  « marche rarement très longtemps ». Mon propos n’est pas un jugement de valeur mais une observation. On se moque, surtout dans les comédies,  de certaines femmes qui majoritairement « focalisent » leur amour sur leur fils. Il s’agit du même mythe de la recherche du prince charmant. Le fils, au moins, ne les décevra pas…Bovary21 perd son fils à la naissance. Elle perd alors ses illusions, tout comme Emma Bovary eut une fille alors qu’elle attendait…un fils.

Avec ce roman, vous confirmez en quelque sorte que cette nouvelle génération est née non pas sous le signe de l’espoir, mais sous celui de l’illusion.   La différence n’est pas si  mince … C’est vraiment le règne de l’illusion ?

L’illusion de cette génération, en particulièrement des filles, « ces nouvelles Bovary »  (qui sont les auteures de  la majorité des blogs)  est de se croire puissante, invincible, inaltérable parce qu’elle coagule autour d’elle des dizaines de milliers d’amis. Chacun, chacune se dit qu’il ne peut pas mourir en étant aussi connu et reconnu, en ayant acquis, à coups de netlinking réussi , autant de gloire. Or c’est une illusion. Même les blogueuses les plus célèbres peuvent mourir ! De chagrin d’amour, de surendettement, de lassitude ou d’accident de la circulation…

Est-ce une vision »camusienne » ? les espoirs sont voués à être déçus, comme le rocher de Sisyphe est voué à retomber de la montagne, mais il faut imaginer Sisyphe et les hommes heureux ainsi ? 

Les espoirs déçus sont notre lot à tous. Après avoir été capable de « voler » le feu aux dieux, l’être humain va devoir recommencer sa tâche quotidienne et se contenter d’être heureux. Un autre personnage de Camus me fascine, c’est celui de l’Etranger, ce Meursault qui ne comprend rien à ce qui lui arrive. Etranger à lui-même, étranger aux autres, et continuant cependant de rêver, de se projeter, de se croire « autre qu’il n’est ».  Chacun et chacune me semble bien souvent « vivre à côté de ses pompes ». C’est cela précisément  qui fait la grandeur et le tragique de l’humain.

Emma21 est bloggeuse, avec un nombre impressionnant de lecteurs et d’ami(e)s. Et en même temps elle est très seule. C’est pour vous le grand paradoxe de cette génération, cette solitude en trompe-l’oeil ?

Absolument. Avec tous nos « amis, « fans » followers »  « meetics », rien ne change. La solitude fait bien partie de nos vies.

On prête à Flaubert cette formule restée fameuse : « Emma Bovary, c’est moi ! ». Et vous Georges Lewi, êtes-vous Emma21 ?

Je ne crois pas. En tous cas, pas exclusivement. Ce roman n’est pas une autofiction. Je suis également un peu Charles et un peu Rodolphe. Emma21 est un peu moi comme elle est un peu vous, une midinette (un être humain)  paumée dans un monde qui va trop vite où chacun  peut avoir l’illusion d’être arrivé avant même que d’être vraiment parti.

Pourquoi avoir choisi la forme du roman en complément de l’essai ?

Il y a trois ans, je me décidais, enfin, à mettre en œuvre ma promesse de jeunesse. J’en parlais alors à notre plus jeune fille, Anne-Flore, une  jeune spécialiste  de l’innovation marketing et des médias sociaux qui me parle du transmédia, cette nouvelle manière d’aborder l’écriture d’une histoire, un storytelling interactif à 360°. J’ai décidé d’inscrire ce mythe de Bovary dans cette logique d’écriture transmédia. Car c’est un mode d’écriture issu de la meilleure pédagogie, celui de la répétition. Sartre, Camus, La Fontaine, Homère, les Tragiques grecs bien avant moi ont compris qu’il fallait répéter intelligemment un message, c’est-à-dire le faire vivre sous diverses formes et formats. Le roman est la forme la plus facile à diffuser (avec la chanson), l’essai la plus construite, le théâtre la plus concise, et le blog mis en place spécialement : www.bovary21.fr la plus interactive…Ce jeu de miroir est passionnant.

D’aucuns diraient que vous crachez quand même un peu dans la soupe avec cette satire de l’univers du marketing, avec son mélange de cynisme et de vacuité. Je suis pourtant tenté de poser la question un peu à l’envers… Je fais l’hypothèse que vous continuez à aimer le marketing : mais au fond pourquoi ?

Je suis un amoureux du marketing et des marques. Celles-ci, à côté de la fonction transactionnelle des produits,(rendre accessibles les meilleurs produits au meilleur prix)  sont nos mythologies contemporaines (faute de mieux, sans doute) et nous servent souvent de bannière identitaire. Nos marques de voiture, de vêtements ou de desserts achetés « spontanément » nous en disent plus sur nous que bien des heures de réflexions… C’est pourquoi, je n’aime pas le marketing mensonger, le storytelling excessivement manipulatoire. Si les marques sont nos nouvelles divinités, elles n’ont pas le droit de se jouer des humains ! Pas plus que les anciennes divinités. Zeus y veillait personnellement. ! Les humains ont fabriqué les marques et les marques nous façonnent. Il y a jeu égal.  La triche n’est pas de mise. C’est celle que je dénonce dans Bovary21 tout en comprenant, avec indulgence et bienveillance, la difficulté d’être marketer aujourd’hui. Le peuple du marketing souffre car avec internet, les études traditionnelles, la segmentation de marché volent en éclat au profit de l’approche individuelle. J’aime beaucoup travailler avec les gens du marketing car ils sont attentifs, curieux, soucieux, souvent honnêtes mais on leur demande d’arracher dorénavant la lune et de la capturer au profit de leur entreprise. Ils n’osent pas (plus)  dire qu’elle est à portée du rêve des humains, mais inatteignable à qui veut la tenir en mains. Le marketing et le branding  sont  la représentation du bovarysme en micro-économie, acceptons qu’ils conservent une part de mystère, d’incertitude et d’inatteignable…

Nota :

Georges Lewi est professeur (Celsa) et l’un des experts les plus   réputés en stratégies de marques. Il est l’auteur d’une dizaine   d’ouvrages consacrées à la marque dont Branding Management (qui vient d’être ré-édité) et Mythologie des Marques.

Blog qui prolonge le roman:  www.bovary21.fr

Le roman  : Bovary21. (François Bourin, éditeur). Version papier: 18 €. version numérique Apple, Amazon, Fnac…): 9 €

http://www.marketresearchnews.fr/vu-lu-entendu/emma-bovary-le-retour-interview-de-georges-lewi-auteur-du-roman-bovary21.html


 POUR ACTION 

Merci à Clotilde Briard Des Echos pour Bovary21.

Je ne peux m’empêcher (par immodestie assumée) de citer ce mail reçu de la journaliste Clotilde briard des Echos (Clotilde Briard
Chroniques Marketing et Design. twitter: @ClotildeBriard), une véritable spécialiste du marketing et du branding qui nous accompagne au quotidien:

« Cher Georges,
A cause d’une rentrée un peu folle, je vous envoie ce mail un peu tard. Mais je voulais vous dire que j’avais beaucoup aimé le livre (que j’ai terminé ce week-end). Il n’était pas simple de suivre les traces de Flaubert ni de se glisser dans la peau d’une jeune femme. Vous y êtes parvenu avec maestria. Le tout avec une autre façon de parler du métier du marketing.
Je suis très admirative.
Amitiés 
Une lectrice »

 

 

 

S’il y a une tendance qui vous énerve vraiment, vraiment, défoulez-vous!…

Certains (cf. d’Ormesson) disent volontiers que les hommes ont la manie d’inventer une religion par jour, tant ils ont besoin de croire.

D’autres inventent une tendance par jour, chacun cherchant à l’imposer comme LA TENDANCE du siècle, voire du millénaire. Quelquefois, cela « marche ».

Dans les deux cas, les humains montrent un besoin grégaire de se rassembler, de se ressembler, de se retrouver avec et comme les autres, de montrer qu’on n’est pas -plus- seul (e).

Mais comme moi, par exemple, avec cette manie, cette tendance du marketing management  de vouloir développer des  « brand cultures » pour les marques, vous avaez sans doute de ces modes qui vous hérissent. Alors laissez moi un commentaire sur la tendance du moment qui vous « débecte »…

Je la mettrais en ligne sur le blog  » www.Bovary21.fr  » , le blog qui prolonge la vie de l’héroïne du roman éponyme, une blogueuse qui dénonce la tyrannie des mauvaises tendances et du (très) mauvais marketing qui les accompagne (ce qui est rarissime, bien entendu!) et qui risque d’en mourir.

Bovary is dead+ la tendance est morte = marketingisdead selon François Laurent.

Bovary is dead!

Bovary21.jpg  « J’ai eu la chance de lire cet été en « avant-première » le dernier opus de mon ami Georges Lewi : Bovary21.

En fait, c’est un des 3 ouvrages que j’ai emporté en vacances avec deux sommités : le dernier Murakami et L’homme qui rit.

Pour moi, il existe deux types de romans (= de mon point de vue de lecteur) : ceux que je ne peux terminer, tellement ils sont boursoufflés d’inutile (j’ai calé sur L’homme qui rit, tellement Hugo se la joue puits de science verbeux – le même travers que pour les derniers Eco) ; et ceux que j’achève en passant la vitesse supérieure (comme 1Q84, que j’ai lu d’une traite).

Bien évidemment, je ne comparerai Bovary21 ni à l’un, ni à l’autre : mais j’avoue avoir passé un bon moment ! Il se lit facilement, comme un policier : en fait, on attend depuis le début de savoir comment Georges va tuer son héroïne.

Son éditeur (en 4ième de couverture) dit que le livre flingue à tout va dans le petit monde du marketing … mais l’auteur commence par lui-même, avec un petit « Georges » mort né.

Et puis il y a aussi le nom du blog d’Emma, La tendance est morte, qui n’est pas sans m’évoquer un certain marketing, lui aussi décédé !

Difficile quand on est impliqué dans le marketing de prendre du recul par rapport à l’histoire : un roman, et notamment la suite de Flaubert, reste un roman, mais il est clair que la génération Y se prêtait bien à ce traité.

J’attends avec impatience la pièce de théâtre – puisque l’auteur évoque un triptyque, avec l’essai Les Nouveaux Bovary ! » F.L.

Chronique sur  : http://marketingisdead.blogspirit.com de François Laurent,

L’interview d’Isabelle Musnik (Influencia) à propos de la sortie de Bovary21

Bovary21: la tendance est morte

PUBLIÉ sur INFLUENCIA LE 04 SEPTEMBRE 2013
Bovary21: la tendance est morte

 

Georges Lewi sort son premier roman « Bovary21 »*, Emma y est une jeune blogueuse lucide. Notre mythologue cogne fort contre le marketing !

 

 

INfluencia: vous êtes reconnu comme un spécialiste et un « amoureux » des marques. Dans votre premier roman, vous tapez vigoureusement contre le marketing. Le roman est-il un défouloir ?

 

Georges Lewi : Mon héroïne, Emma, une jeune blogueuse, est chef de produit dans une grande entreprise de boissons sucrées. Son blog s’appelle « latendanceestmorte ». C’est une marketeuse lucide. Elle dénonce ce qui doit l’être. Pas plus, pas moins. On peut avoir l’impression que ça cogne là où ça fait mal, mais je pense avoir écrit avec bienveillance pour ce monde que j’ai beaucoup côtoyé. Le storytelling vu de l’intérieur méritait d’être analysé. C’est la lucidité des marketers qui sauvera le marketing !

 

 

INfluencia : pourquoi 21 ?

 

Georges Lewi : simplement parce qu’on est au 21e siècle. Elle se croit la septième génération, en ligne directe d’Emma Bovary, personnage qui, selon Flaubert, a vraiment existé. Comme les Emma précédentes, elle essaye de lutter contre le destin des Emma suicidaires de 27 ans, et ne peut s’empêcher de crier à la Bovary : « Depuis 7 générations, tu nous pourris la vie ! ». Elle lutte contre le destin au 21ème siècle. Y parviendra-t-elle ?

 

 

INfluencia : votre roman traite d’un thème vieux comme le monde, l’illusion au féminin. Pourquoi avoir repris ce thème éternel ?

 

Georges Lewi : L’approche est celle du mythologue qui redonne actualité aux grands mythes. J’ai écrit l’an dernier un essai : « Les Nouveaux Bovary » (Pearson) sur la génération « post Y », que j’appelle « Génération Bovary », celle des réseaux sociaux et …de l’illusion. Mon héroïne, Bovary21 blogue, twitte… elle ne peut s’empêcher de répondre quand on lui « balance une vanne » même sans s’en rendre compte. Cela va lui donner quelques soucis au boulot.

 

Le mythe de Bovary est celui de la difficulté de vivre libre au féminin.

 

Avec les réseaux sociaux, les filles ont dans une certaine mesure repris le pouvoir, celui de la parole, mais avec elle de… l’illusion de l’influence.

 

Les jeunes femmes vivent (mais peut-on y échapper) les mêmes contraintes sentimentales qu’il y a 150 ans, et sans doute qu’il y a 15 000 ans ! Emma21 va vivre avec un Charles aussi peu glorieux, même s’il est directeur du marketing, et avec un Rodolphe aussi peu scrupuleux…Elle va contracter des dettes pour être libre…Le roman suit le canevas de l’œuvre de Flaubert mais on est au XXIe siècle. Cela change tout.

 

 

INfluencia :  le suicide d’Emma change-t-il la fin?

 

Georges Lewi : Le monde donne plus d’opportunités de se défendre. Bovary21 est sortie major d’une grande école de commerce, elle est créative, astucieuse…Elle devrait pouvoir s’en sortir. Mais il y a aussi plus de tentations. Les banquiers investissent facilement auprès des blogueuses qui réussissent. Mais gare à celles qui ne suivent pas le rythme ! Notre monde est-il finalement plus difficile encore parce que plus trompeur, plus en façades ?

 

 

INfluencia : Emma Bovary est morte de solitude, sans amis. Bovary21 avec ses 78 000 « followers » pourrait-elle connaître le même destin ?

 

Georges Lewi : Emma21 souhaite intimement qu’on vienne la sauver mais elle se prépare au pire, car elle a lu qu’une jeune Anglaise, avant de se suicider, avait envoyé un message d’adieu à ses 5000 « amis » sans que personne ne bouge !

 

 

INfluencia : vous avez choisi un mode d’écriture « transmedia » en utilisant le thème du bovarysme dans un essai, en plaçant en fin de chapitre un blog et en renvoyant les lecteurs au blog « Bovary21 » où sont publiés des « billets d’humeurs de blogueuses contre la tyrannie de la tendance ». Écrire un roman ne suffit-il plus aujourd’hui ?

 

Georges Lewi : Ce roman, Bovary21, est écrit comme on vit, en multicanal. En narratif, en réflexif, en participatif, en prolongement, en rêve et réalité augmentée et mélangée. Une idée est une marque, en quelque sorte. Elle a droit, elle aussi à son « extension » c’est-à-dire au jeu de miroir entre les « initiés » qui s’approprient l’histoire pour la faire leur. La FNAC prépare, d’ailleurs, en janvier, une opération d’envergure pour prolonger Bovary21.

 

J’en profite pour en appeler aux prises de paroles contre la tyrannie de la tendance, dans tous les domaines : mode, culinaire, management, éducation… Sur le site Bovary21.fr, bien sûr !

 

 

INfluencia : Pourquoi lire ce « roman de rentrée » plus qu’un autre?

 

Georges Lewi : Parce qu’il dit que malgré les blogs, le marketing, les communications plus simples, la liberté sexuelle, rien n’a, peut-être, vraiment changé pour une fille 21.

Propos recueillis par Isabelle Musnik

 F. Bourin Editeur. version papier 18€. En numérique 9 €.

 

Bovary21 ou quand Georges Lewi dénonce…la lâcheté du marketing et du branding.

15e bouquin (avec les rééditions) mais premier roman de Georges Lewi (un des « papes » du branding en France) qui court depuis toujours après ses 2 passions: la littérature et le marketing. Plus modestement que  G. Delacourt, ou F.Beigbeder mais avec la même insistance têtue.

Il cogne fort, très, très fort contre le mauvais marketing et le branding de la lâcheté,celui qui accepte trop de compromis et qu’il connait (trop) bien de l’intérieur. Il se sert d’un emblème -facile-, un leader des sodas et d’une différence générationnelle entre un directeur de marketing et une jeune blogueuse qui risque de se perdre dans ce monde frelaté. Cela va faire mal aux lecteurs qui font du marketing! En a-t-il conscience?
En plus, elle s’appelle Emma, se croit la descendante d’Emma Bovary, et s’imagine déjà broyée par un destin qui ne s’arrêterait pas malgré ses 80 000 « amis ».

Georges Lewi frappe mais avec la bienveillance qui caractérise son analyse des marques et des phénomènes contemporains.En essayant de comprendre, presque avec empathie.

Et il y a une volonté de trouver son style, un style, un mélange de culture voilée et de réalisme violent où se mêlent, des bribes de Flaubert, des blogs, des archétypes de personnages connus. Tout se devine mais ne se dévoile pas si facilement…Un style Georges Lewi est-il en train de naître?

Adepte du transmédia, Georges Lewi, qui avait déjà publié « Les Nouveaux Bovary », analyse de la génération Facebook, a construit un blog « Bovary21 » où blogueuses et blogueurs sont invités à dénoncer les tendances (comme le fait Emma21) insupportables de notre temps.

Le nouveau « market bashing » de Georges Lewi ? Il s’en défend et dit ne s’en prendre qu’au « mauvais marketing ».

En tous cas quand on prend Bovary21 en mains, on ne le lâche pas.On ne peut pas en dire autant de tous les « romans de la rentrée littéraire 2013!

Bovary21. roman. Georges Lewi. (F.Bourin éditeur); 18 € et version papier et 9€ en version numérique (très vite disponible) sur Amazon, Fnac, Decitre…

(issu de la chronique du blog des idées: lesinfluences.fr)