E-branding,en livre du jour Des Echos.

 

E-branding,stratégies de marque sur Internet (Pearson Nov 2013)*

La marque en version Web

Par Clotilde Briard | 19/12 | 06:00

La marque en version Web

Le propos : Internet ne s’est pas contenté de bouleverser la vie des marques. Il en a fait naître de nouvelles générations. Georges Lewi en dénombre 9 sortes. A côté des « pure players » ou des noms déjà connus dans la vie réelle, ont émergé les sites comparateurs ou les « wiki-brands », reposant sur l’échange d’informations. L’auteur explore ce qui les rend différentes : une autre approche de la valeur, une notoriété parfois acquise à toute vitesse et des publics très mélangés. Les bases de données et de clients jouent les trésors de guerre. Ceux qui rêvent de créer la marque numérique de demain trouveront aussi un large volet de conseils.

L’auteur : Spécialiste des marques, Georges Lewi les explore sous différents angles, avec un focus sur les mythes. L’enseignant au Celsa a aussi sorti son premier roman cette année, « Bovary21 ». Cet ouvrage publié sur Internet a été enrichi par Thina Cadierno, directrice du marketing stratégique et clients de la Fnac au regard acéré sur le numérique, à qui il rend hommage dans son introduction.

 La citation : . « Dans le monde du Web, encore plus qu’ailleurs, le client est vraiment le roi. Il a au bout des doigts une baguette magique susceptible de faire disparaître définitivement de sa vie n’importe quel site, capable de tout comparer. » 
*Georges Lewi. E-branding. Stratégies de marque sur internet. (Pearson 25 € et version numérique)

A quoi peut bien servir Facebook? Ma tribune libre sur Marketing professionnel.

Chaque semaine apporte son lot de suicides d’ados qui annoncent leur geste sur Facebook avant de passer à l’acte. A chaque fois, le même constat : personne n’a bougé. « Elle nous racontait toujours des cracks…On n’aurait jamais cru cela de lui… » A quoi sert Facebook (comme symbole des réseaux sociaux) si, malgré, les milliers d’amis, chacun se sent toujours aussi seul ?

« Comme toi, je vais me foutre en l’air demain matin. J’ai commandé, il y a dix jours, le livre Réussir sa mort, écrit par un prof de philo. La quatrième de couverture propose « une anti-méthode pour accueillir l’échec et la perte ». Une nuit également à préparer le matériel. Une nuit pour t’écrire, et rédiger mon petit cahier bien à moi. J’avertirai également, comme cela se fait, mes 18 522 amis Facebook, et les quelques 80 000 abonnés de mon blog. J’ai 27 ans, l’âge des suicidés »*

Emma Bovary est morte de solitude, lâchée par ses amants et ses amis qui lui refusent le peu d’argent qui aurait pu la sauver, elle qui se montrait si généreuse avec eux. On peut penser qu’un appel au secours dans la génération Facebook qui cultive et multiplie l’amitié, sera entendu. Illusion ! Les amis sont toujours aussi sourds et la génération Facebook est bien une génération Bovary, victime d’une triple illusion.

Facebook, un remède contre la solitude ? Une réponse à quoi ?

Illusion de la rencontre

Facebook est une scène de théâtre, où chaque internaute, acteur de son propre rôle, va au-devant de « ses » amis spectateurs, de son public qu’il espère de plus en plus nombreux, en qualité et en quantité. Mais un acteur peut-il considérer ses spectateurs comme de véritables amis, même si à la fin de la pièce, ils le « like » en applaudissant ? Lui-même est-il attentif à chacun de ses amis spectateurs ? Sans développer le mythe de Molière mourant sur scène, on sait qu’un acteur mourant sur scène n’est jamais repéré sur le champ. Les spectateurs pensent alors qu’il s’agit d’une mise en scène. Ce n’est que le lendemain « dans le journal » que le spectateur « ami » apprend que la mort n’était pas feinte !

Georges Lewi, Mythologue, spécialiste des marques. Essayiste, romancier

Georges Lewi, Mythologue, spécialiste des marques. Essayiste, romancier

Illusion de la transparence

Jouer de la transparence devrait être la règle de cette génération qui a inventé sa propre mise à nu sur la toile. Avec son vrai (ou pas) nom, avec les diverses facettes de ses personnalités. On devrait pouvoir être son propre wikileaks, cultiver sa transparence, celle des bons et des mauvais moments. Illusion ! Facebook est la photographie généralisée d’un monde de « bisounours » où tous les paysages sont splendides, les fleurs sentent bons, les enfants mignons et les gâteaux d’anniversaire aussi nombreux que les feuilles des arbres sur un sol d’automne. Le réseau est là pour montrer l’acceptable au « liker » anonyme, ce qui ne nécessite ni réflexion, ni commentaire. Chacun y va de la création de sa propre page de magazine sur papier glacé.

Illusion du féminin

74% des blogs sont lancés et animées par des filles. Grâce au net, elles reprennent publiquement le rôle d’influence que la femme a toujours eu, et en particulier, dans les sociétés qui ont eu et ont le vent en poupe. Mais là aussi, la bêtise et la méchanceté sociale rattrapent les bonnes intentions. Ce sont surtout les filles qui sont désormais harcelées sur les pages Facebook, jusqu’à mettre en ligne des scènes de viol dont elles ont été victimes. Suicide assuré au bout de la nuit ! Le féminin exprime son être et sa douleur, le masculin le met en scène. Brutalement ! Bestialement.

A quoi peut bien servir Facebook ?

A l’essentiel : pouvoir s’exprimer. A rien : ne pas pouvoir être compris. Par définition, un réseau social a pour vocation de faire circuler de l’information, de la sensibilité d’est en ouest, du haut vers le bas, de la cave au grenier. Pratiquement, on ne parvient pas malgré la disponibilité technique à rompre le fameux schéma « Je cause, Vous vous taisez », à inverser le schéma de la circulation à sens unique, celui de l’autoroute où l’on voit passer les voitures en sens inverse sans les croiser. Chacun devient la figure de sa propre autorité, là où on aurait espéré plus de partage, plus de démocratie…

Et sa source:

http://www.marketing-professionnel.fr/tribune-libre/facebook-marketing-remede-contre-solitude-201312.html

Le peintre et le romancier.

Le peintre Laurent Melon (copie d’une oeuvre ci dessous pour illustrer V. Hugo)  qui « tenait galerie » avec Marie Waltz (www.marywaltz.canalblog.com) m’ont invité hier à l’exposition. qu’ils tiennent à Paris et à la projection des « Scopitones », ces tableaux vivants dont eux seuls ont le secret (à voir sur GotoLeo38).

Laurent, que j’avais rencontré lors d’une émission littéraire de radio sur  Bovary21*  a eu la délicatesse de lire ce roman. Ce « fan » d’Hugo, des poètes hors normes, et des grandes épopées m’a dit et (le connaissant), je le crois volontiers avoir vérifié sur place s’il restait des traces de pneus de l’accident que je relate dans mon roman.

Il paraît qu’elles y sont toujours…

Seul un peintre a ce type de réflexe : aller voir, aller toucher, vérifier la factualité de la chose pensée par l’auteur. La peinture est matière, tangibilité, effet sensoriel des événements les plus intimes. A propos du peintre Soulages, le poète Ch. Bobin écrivait:  » « Mon âme prend un bain de nuit devant ses tableaux. Pour moi, Soulages n’est pas un peintre, mais l’un des plus grands penseurs de tous les temps. « 

J’ai compris hier qu’il ne fallait sans doute plus dire « l’art » mais « les arts » tant ceux ci se complètent et se stimulent. Le numérique va-t-il bousculer cette complémentarité en instituant une nouvelle unité qui n’était jusque là que l’apanage de l’humain et non de sa production?

 

Hugorama, La Légende des siècles selon Laurent Melon

*Bovary21. Georges Lewi. (François Bourin Editeur. 2013.)

 

Décryptage du mythologue sur Influencia.

Quand les arbres de Noël marcheront ou le mythe de Macbeth expliqué par la science

PUBLIÉ LE 11 DÉCEMBRE 2013
Le mythologue: quand les arbres de Noël marcheront ou le mythe de Macbeth expliqué par la science

On connait la pièce de Shakespeare. Le général Macbeth fait assassiner son roi pour pouvoir régner à sa place. Sur le trône mais plein de remords, il interroge sans cesse les voyantes pour connaître son avenir. Le verdict, pour lui, est plutôt rassurant. Il régnera jusqu’à ce que la forêt de Birnam ne se mette à marcher. Puis il sera assassiné à son tour.

Dans son dernier ouvrage, « Dictionnaire de l’impossible », Didier Van CauWelaert présente un certain nombre de ce qu’on pense être des impossibilités et qui se réalisent cependant. Science à l’appui. A commencer par cette extraordinaire aptitude de certains arbres à se déplacer. Les arbres, selon plusieurs équipes de scientifiques dont les professeurs HalléMurawskiOldemanPelt…,  caractérisés, a priori par l’immobilité, par des racines bien ancrées en terre, seraient capables de marcher grâce à un second ADN situé dans les branches. Ils auraient un ADN de rechange en cas de nécessité! Les arbres sont éternels et sont programmés pour vivre sans limite. Ils ne connaissent pas le vieillissement qui les condamnerait à mort et s’ils meurent, c’est pour des raisons externes: le bucheron, la sécheresse, les parasites. Leur double ADN les aide à survivre.

 Les arbres se mettent en marche plutôt que de mourir

Lorsque l’un de ces grands arbres est empêché de pousser à cause d’une végétation trop abondante ou parce que l’homme a construit des tours qui le privent de soleil, il se met en marche. Il se déplace vers la lumière en formant de nouvelles racines qui le tirent vers le nouvel espace de vie, et il laisse mourir ses anciennes racines qui le condamnaient à l’immobilité et à la mort, faute de lumière. Ce mouvement prend des mois, mais on peut l’observer avec une caméra braquée sur l’arbre et dont le film sera repassé ensuite en accéléré. Les arbres bougent pour s’en sortir et s’adaptent aux situations comme s’ils avaient un de ces fameux cerveaux d’adaptation qui a permis à l’humanité de survivre et de se développer.

Le mythe de Macbeth reconnu par une preuve scientifique

Que nous dit le mythe de Shakespeare? Que l’assassin peut vivre en paix mais qu’il va lui falloir sans cesse observer la nature. Une leçon d’écologie avant l’heure. S’il observe la moindre hérésie naturelle, l’assassin sera rattrapé par son destin. La leçon première de la nature est la survie. Tout organisme vivant se bat pour survivre. Le professeur Laborit nous rappelait qu’un « être vivant est une mémoire qui agit ». Dans le film « Mon oncle d’Amérique », il nous informe que « Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique, nous sommes programmés depuis l’œuf fécondé pour cette seule fin, et toute structure vivante n’a pas d’autre raison d’être que d’être ». Les arbres se sauvent pour sauver leur peau et leur immobilité ne serait qu’apparente.

Les mythes viennent de l’observation depuis toute éternité

Cette histoire rocambolesque de la forêt qui avance chez Shakespeare vient sans doute de très loin, de l’observation des forêts depuis toujours, du temps où les humains regardaient « religieusement » la nature comme une partie de la divinité. Un mythe est un bout d’explication du monde que nous ne savons pas expliquer autrement que par une métaphore. La caméra en accéléré n’existait pas ni l’observation scientifique mais les anciens qui ont transmis cette « narration » jusqu’ au dramaturge anglais ont permis à ce mythe de la forêt qui avance de se fonder sur une réalité. La plupart des mythes ou légendes se fondent sur une observation scientifique que l’on commence à peine à redécouvrir. Voilà pourquoi, l’époque du mythe se réinstalle à nos portes. Paradoxalement, grâce à la science. Espérons que personne ne vienne à prophétiser la marche des arbres de Noël. Ce pourrait alors être un signe avancé de la décadence de notre société…

 « Le messager : Monseigneur, ce dont « j’ai vu », je dois le dire,

                            Mais comment dire, je ne sais.

 

Macbeth :          Dis-le.

 

Le messager : J’étais de garde en haut de la colline,

                            J’ai regardé Birnam, et, là, j’ai cru 

Que la forêt se mettait à bouger. »

 Extrait de « La forêt qui marche », Macbeth – acte V.

 

 

La maman blogueuse, dernier symbole du mythe contemporain?

La semaine dernière, Paroledemaman organisait son  « E-fluent Mums Day », une journée avec et pour les mamans blogueuses. Un monde fou, on s’y bousculait autant qu’à la garden party de l’Elysée!

J’ai toujours pensé qu’Emma Bovary serait de nos jours une blogueuse influente. C’est une façon d’écrire et de décrire son expérience, d’être moins seule, de (re)devenir le centre du monde et de…gagner  (un peu) sa vie, ce qui ne gâche rien.
Ces mamans blogueuses sont décontractées vis à vis des marques, de l’argent. Elles y vont « au feelling » sans règles de précaution impossibles à tenir, tout en expérimentation.

Et ça marche!

Elles arrivent dans la salle de conférence telles des stars, applaudies malgré leur évidente timidité (pour certaines) pour avoir écrit leur doute sur telle pratique d’allaitement , sur les couches jetables, sur le rôle des mecs dans leur vie et leur regard sur cette « maman blogeuse ». Pas très  joli, là non plus visiblement!

L’héroïne Bovary21,* la descendante d’Emma Bovary ne pouvait être que maman et blogueuse.
Avec cette question lancinante et toujours sans réponse, ni dans le roman, ni sur scène ce jour là : malgré les très nombreuses « amies » : la blogosphère est-elle une arme anti-suicide?

Le débat ne pouvait y répondre, la journée non plus . Mais un nouveau mythe est né, celui de la maman blogueuse, cette nouvelle amazone, qui n’a pas besoin de se mutiler d’un sein pour démontrer qu’elle tient le pavé de l’influence et qu’on ne la fera pas revenir de sitôt au silence anxiogène des femmes de jadis.

 

*Bovary21 (roman). G. lewi. (François Bourin éditeur.)