A quoi sert un mythologue sur Influencia.

A quoi sert un mythologue ?

PUBLIÉ sur INFLUENCIA LE 25 SEPTEMBRE 2013
A quoi sert un mythologue ?

 

Avec la deuxième saison de « décryptage du mythologue », les lecteurs d’INfluencia nous interrogent de plus en plus sur la définition d’un mythologue et de son utilité. Réponse en 3 exemples…

Le mythe est une histoire, souvent ancienne, qui permet à l’être humain de se situer dans son époque, dans son milieu, dans sa situation. 

Le mythologue décode les mythes contemporains, c’est-à-dire nos comportements.

 

Le mythe, depuis toujours, donne au genre humain, au groupe, à l’individu une explication de « sa » place dans le monde, un cadre référentiel à ce qui lui arrive. Ces « histoires anciennes », nous les croyons toujours –plus ou moins- vraies car elles représentent la transmission du patrimoine culturel de l’humanité. Le mythe d’Œdipe explique pourquoi les garçons sont attachés à leur maman, le mythe de Sisyphe pourquoi les tâches sont souvent répétitives, le mythe de Narcisse pourquoi on a tendance à s’admirer soi-même.

Le mythologue et la morale : Snowden, nouveau mythe d’Antigone.

 

Le mythe d’Antigone est l’histoire de cette sœur qui veut enterrer dignement et avec tous les honneurs son frère qui a trahi la patrie. Créon, le dirigeant d’alors s’y oppose. Antigone outrepassera cette « raison d’état » et sera condamnée. L’explication du mythe (venu de la tragédie grecque et repris pendant la 2e guerre mondiale par J. Anouilh) représente la complexité de la morale humaine, entre morale individuelle et morale collective. Peut-on blâmer Snowden d’avoir « alerté » le monde sur les pratiques de la CIA ? Certes, non ! Peut-on condamner la CIA de chercher à « punir » Snowden d’avoir révélé des secrets d’états censés protéger le monde contre d’autres 11 septembre ? Non plus ! Le mythe d’Antigone nous montre une réflexion qui existait déjà, il y a 25 siècles.

Le mythologue et l’innovation : le smartphone, nouveau mythe de Prométhée.

Le monde grec (ancien) inventa pour la création des espèces sur terre une fable plutôt drôle. Les dieux de l’Olympe confièrent à Prométhée et à son frère Epiméthée qu’on décrit comme complètement idiot, le soin de doter toutes les espèces des défenses nécessaires à leur survie. Epiméthée attribua donc à certains animaux , comme les fauves, la force de dévorer les autres pour se nourrir, à d’autres, comme les gazelles, la vitesse pour échapper aux griffes des prédateurs, à d’autres comme les reptiles le moyen de se cacher, à d’autres de grosses écailles, des fourrures épaisses, une très grande taille ou au contraire la petitesse de l’invisibilité…

Arrivé à l’espèce humaine, Epiméthée, cet imbécile, ne trouva plus rien dans le grand sac des « accessoires » de défense. L’homme était nu et sans défense. Son frère alla donc « chiper » un bout d’intelligence de la déesse Athéna et le feu pour permettre à aux humains de fabriquer des outils de défense. Mais, on ne vole pas les dieux impunément ! L’Olympe en fut courroucé, Prométhée fut puni d’un cancer du foie et l’humanité obligée de se méfier de ses propres outils. Les armes comme les smatphones. Depuis le mythe grec, nous savons que toutes nos inventions ont une double portée, bonne ou mauvaise selon l’usage que nous en faisons.

 

Le mythologue et la politique : le « Ni-ni » était déjà dénoncé par Roland Barthes.

Les mythologues sont des enfants de JP. VernantP. VeynesC. Lévy-Strauss, de quelques autres et de …Roland Barthes qui avec son ouvrage « Mythologies » fut le premier à dire clairement qu’il se servait des mythes pour expliquer le monde contemporain, ses manies, ses idées, ses objets…

Au temps où le « ni-ni » refait surface en politique, on relit avec ravissement ce texte de R. Barthes : « Il s’agit d’une mécanique de la double exclusion qui relève en grande partie de cette rage numérique…Et que j’ai cru pouvoir définir en gros comme un trait petit bourgeois. On fait le compte des méthodes avec une balance, on en charge les plateaux à volonté, de façon à pouvoir apparaître soi-même comme un arbitre impondérable doué d’une spiritualité idéale, et par là-même, juste, comme le fléau qui juge la pesée »

Le mythe du « ni-ni » est donc celui du « faux rationnel ». On en connait beaucoup. Jadis on les nommait « rhéteurs » et un peu plus tard « beaux parleurs ».

Le mythologue analyse (et trouve des solutions) car il a intégré ce qu’on nomme « les invariants », les adaptations des humains à des situations de risque, de conflit dont les circonstances sont différentes mais les enjeux identiques. « Homère est nouveau ce matin et rien n’est aussi vieux que le journal d’aujourd’hui », nous disait déjà Charles Péguy.

 

 

Publié par G. Lewi

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