Nouveau Pape. Le mythologue, le mythe et le religieux.

Quelques uns, les plus hardis osent poser la question lorsque je fais une conférence: « Est ce que la religion, c’est comme les mythes? »

Je n’aborde jamais  le religieux.De peur de choquer. Je connais trop de sincères et profonds croyants pour savoir qu’ils ne s’offusqueraient pas mais ne comprendraient pas le propos.

Le mythologue décrit les « invariants », les « mythèmes » selon l’expression de C. Lévy-Strauss, ces idées que les gens croient vraies depuis toujours. Il explique la façon dont elles ont été contées. ce qu’on nomme désormais le « StoryTelling » la meilleure façon de raconter une histoire pour lui assurer toute son efficacité.

Le mythe, par sa description des archétypes fondamentaux,  nous propose depuis toujours une porte de sortie car il nous raconte comment une opposition binaire inconciliable peut être transformée en une opposition conciliable à travers une résolution.

« Que la mythologie du chaman ne corresponde pas à une réalité objective n’a pas d’importance (Lévi-Strauss » Ce qui importe, c’est que l’individu y croit, en étant lui-même membre d’une société (globale ou tribale) qui y croit. La guérison repose sur un consensus des acteurs et une certaine  scénarisation de l’action:

  • le sorcier doit croire dans l’efficacité de ses techniques et les pratiquer « selon son statut ».Selon ce qu’on attend de lui.
  • le malade soigné doit croire dans le pouvoir du sorcier et se mettre en situation de penser pouvoir être guéri.
  • la collectivité doit croire dans la relation qui s’établit entre le sorcier et son patient.

Ce rapport  « intègre tous les éléments d’une situation totale où sorcier, malade et public, représentations et procédures, trouvent chacun leur place » 

Car fondamentalement le mythe explique la position de l’homme dans l’univers. C’est un point de rencontre fort entre mythe et religieux.

La narration est faite, de ce fait,  selon une structure immuable.Avec un objectif, un sujet, un opposant et un « adjuvant » magique et visible qui symbolise la possibilité, voire la certitude,  de la réussite.

Selon mes travaux les plus récents, il n’y aurait pas plus d’une trentaine de « mythèmes »,  d’archétypes fondamentaux qui « structurent » l’esprit humain depuis toute éternité. C’est peu! L’être humain évoluerait donc avec à peu près autant de chromosomes que de mythes.

Le religieux n’échappe sans doute pas à ces oppositions narratives binaires. Mais on m’objectera, à raison, que si le mythe est une fabrication du génie humain, il a bien fallu créer l’homme qui créa les mythes…

 

Publié par G. Lewi

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