Un mythologue retourne au Celsa. Prof ou consultant?

Un mythologue  reprend après trois ans d’interruption une conférence au Celsa où il avait enseigné une douzaine d’années. Ce mythologue, c’est moi.

Cela m’oblige à essayer de répondre à une question mille fois posée dans ma vie professionnelle: la différence entre les étudiants et les clients, professionnels du marketing et de la communication, directions générales, marketing stratégique…
Jusque là, j’étais dans le mouvement et tout s’enchaînait sans trop faire de distinguo. En reprenant ce cours et en le préparant , je m’aperçois que je « stress » un peu. Un peu comme lors des interviews de journalistes.

Plus qu’avec les clients.

Un client a un problème à résoudre, un étudiant un avenir à préparer. C’est toute la différence. Comme entre une conférence de presse où les questions sont (étaient) préparées par avance et une autre où les journalistes poseraient toutes les questions qu’ils veulent, dans l’ordre où ils le souhaiteraient et dans la formulation la plus embarrassante possible.

Certes, le prof comme, celui qui fait sa conférence de presse libre, est censé bien connaître sa matière et pouvoir répondre à tout, quelqu’en soit l’ordre ou la formulation.
Mais dans les faits, un mythologue?

Suis-je certain d’avoir la réponse à certains questions comme: Apple, après la mort de Steve Jobs doit-elle changer de mythe? Sarkozy, quel mythe depuis qu’il n’est plus présidente et qu’il refuse d’endosser  le rôle de Zorro, le sauveur de l’UMP?

Un prof est un militant du savoir. Un consultant un soldat bien entraîné à une discipline particulière.

Alors, un consultant-prof? Un hybride.  Il paraît que dans l’automobile et ailleurs, les hybrides sont désormais « up to date ». Je savais que les mythes et les mythologues revenaient à la mode. C’est une bonne nouvelle!

 

Celsa, Sciences Po Paris.Un match truqué? Mon mea culpa.

Intervenant au Celsa, j’ai eu le privilège de participer à plusieurs conseils d’administration pour donner mon avis sur la stratégie de « la marque Celsa ». Le président et la directrice, étaient très attentifs à une éthique de l’école fille de la Sorbonne, à une gestion des plus rigoureuses.

Nous avons été plusieurs, dont je fis partie, à le regretter un peu et à citer sciences Po paris comme le bon exemple à suivre. Sciences Po paris semblait réussir sur tous les fronts, son directeur  faisait la une de tous les magazines, et désormais, venait « chatouiller » Celsa sur la communication stratégique. Après avoir formé les élites de la fonction publique et de la classe politique, l’école de la rue Saint guillaume, s’attaquait aux élites du privé, chasse gradée du Celsa, dont l’objectif est depuis 50 ans d’apporter la compétences des littéraires au développement de l’économie.De permettre aux littéraires  de passer de la réflexion à la stratégie et à l’action.Car, généralement, ils font merveille, chez L’Oréal et ailleurs!

Au cours de ces conseils d’administration, les questions sur le budget revenaient sans cesse. Comment « les autres » font-ils?

Eh bien, ils ne tenaient aucunement compte des règles d’une gestion publique d’université.Le boss était payé dix fois plus que la directrice du Celsa, les profs (dont je faisais partie) également, Sciences Po Paris  aurait même, selon les dépêches AFP,  contracté des emprunts toxiques pour financer « sa » politique.

Cette stratégie du type « Credit lyonnais » qui mélange intérêt public et pratiques venues d’un capitalisme souvent mal compris, a rarement été  une réussite sur le long terme.

Le match Celsa/Sciences Po paris était truqué. Et c’est bien dommage. Le ver est dans le fruit, l’image de Sciences Po paris va en souffrir pour longtemps, l’absence prolongée de direction va peser sur son dynamisme. Il va falloir « redresser » les comptes.Désormais, en entretien d’embauche, un étudiant sera interrogé, les profs « achetés » très cher repartiront…

Mille excuses , mon vieux Celsa, d’avoir, un temps douté. Ta vertu est la garantie pour les étudiants, pour les enseignants, pour les employeurs, de têtes bien faites dans un esprit  parfaitement rigoureux et honnête. La base même d’un esprit qui tiendra toujours la distance.

Le mythologue sait que les mythes ne mentent pas et que celui de l’intérêt public fait partie du socle partagé de notre république.

« La construction n’est pas la vérité » ou la parabole du chemin trompeur par Caroline de Montety et Karine Berthelot-Guiet, profs du Celsa.

Ma collègue du Celsa m’a gratifié aujourd’hui d’une belle formule « la construction n’est pas la vérité ». Puis Karine Berthelot-Guiet commenta…
Elle ainsi redéfinit le « mythe du chemin trompeur », de ces efforts que nous faisons souvent et qui ne sont pas couronnés-loin s’en faut- de succès. Faute d’une vision claire.
Si l’on ne maigrit pas assez, si l’on ne réussit pas assez, voulait-on vraiment maigrir, réussir…?
La pythie de Delphes, sage entre toutes les femmes, disait que Socrate était le plus sage de tous. Mais le voulait-il vraiment? Il interrogeait tout le monde pour réfuter cet oracle.
C’est ainsi qu’il fut pris pour un fou et condamné à mort.
On pensait alors qu’on pouvait envoyer à l’échafaud un simple d’esprit, mais pas le plus sage des hommes.
Notre doute est souvent l’expression de notre humanité, dit-on.
Mais la construction doit cependant tendre à construire une maison réelle et le chemin mener vers un quelque part. C’est en connaissant parfaitement sa destination finale qu’Ulysse put y parvenir malgré les embûches de toutes sortes.
Karine et Caroline, vous êtes pleines de sagesse antique, vous qui savez que la construction, même méthodique ne parvient pas toujours à la vérité. C’est vrai pour un travail d’étudiant et quelquefois même  pour leurs professeurs.