L’interview d’Isabelle Musnik (Influencia) à propos de la sortie de Bovary21

Bovary21: la tendance est morte

PUBLIÉ sur INFLUENCIA LE 04 SEPTEMBRE 2013
Bovary21: la tendance est morte

 

Georges Lewi sort son premier roman « Bovary21 »*, Emma y est une jeune blogueuse lucide. Notre mythologue cogne fort contre le marketing !

 

 

INfluencia: vous êtes reconnu comme un spécialiste et un « amoureux » des marques. Dans votre premier roman, vous tapez vigoureusement contre le marketing. Le roman est-il un défouloir ?

 

Georges Lewi : Mon héroïne, Emma, une jeune blogueuse, est chef de produit dans une grande entreprise de boissons sucrées. Son blog s’appelle « latendanceestmorte ». C’est une marketeuse lucide. Elle dénonce ce qui doit l’être. Pas plus, pas moins. On peut avoir l’impression que ça cogne là où ça fait mal, mais je pense avoir écrit avec bienveillance pour ce monde que j’ai beaucoup côtoyé. Le storytelling vu de l’intérieur méritait d’être analysé. C’est la lucidité des marketers qui sauvera le marketing !

 

 

INfluencia : pourquoi 21 ?

 

Georges Lewi : simplement parce qu’on est au 21e siècle. Elle se croit la septième génération, en ligne directe d’Emma Bovary, personnage qui, selon Flaubert, a vraiment existé. Comme les Emma précédentes, elle essaye de lutter contre le destin des Emma suicidaires de 27 ans, et ne peut s’empêcher de crier à la Bovary : « Depuis 7 générations, tu nous pourris la vie ! ». Elle lutte contre le destin au 21ème siècle. Y parviendra-t-elle ?

 

 

INfluencia : votre roman traite d’un thème vieux comme le monde, l’illusion au féminin. Pourquoi avoir repris ce thème éternel ?

 

Georges Lewi : L’approche est celle du mythologue qui redonne actualité aux grands mythes. J’ai écrit l’an dernier un essai : « Les Nouveaux Bovary » (Pearson) sur la génération « post Y », que j’appelle « Génération Bovary », celle des réseaux sociaux et …de l’illusion. Mon héroïne, Bovary21 blogue, twitte… elle ne peut s’empêcher de répondre quand on lui « balance une vanne » même sans s’en rendre compte. Cela va lui donner quelques soucis au boulot.

 

Le mythe de Bovary est celui de la difficulté de vivre libre au féminin.

 

Avec les réseaux sociaux, les filles ont dans une certaine mesure repris le pouvoir, celui de la parole, mais avec elle de… l’illusion de l’influence.

 

Les jeunes femmes vivent (mais peut-on y échapper) les mêmes contraintes sentimentales qu’il y a 150 ans, et sans doute qu’il y a 15 000 ans ! Emma21 va vivre avec un Charles aussi peu glorieux, même s’il est directeur du marketing, et avec un Rodolphe aussi peu scrupuleux…Elle va contracter des dettes pour être libre…Le roman suit le canevas de l’œuvre de Flaubert mais on est au XXIe siècle. Cela change tout.

 

 

INfluencia :  le suicide d’Emma change-t-il la fin?

 

Georges Lewi : Le monde donne plus d’opportunités de se défendre. Bovary21 est sortie major d’une grande école de commerce, elle est créative, astucieuse…Elle devrait pouvoir s’en sortir. Mais il y a aussi plus de tentations. Les banquiers investissent facilement auprès des blogueuses qui réussissent. Mais gare à celles qui ne suivent pas le rythme ! Notre monde est-il finalement plus difficile encore parce que plus trompeur, plus en façades ?

 

 

INfluencia : Emma Bovary est morte de solitude, sans amis. Bovary21 avec ses 78 000 « followers » pourrait-elle connaître le même destin ?

 

Georges Lewi : Emma21 souhaite intimement qu’on vienne la sauver mais elle se prépare au pire, car elle a lu qu’une jeune Anglaise, avant de se suicider, avait envoyé un message d’adieu à ses 5000 « amis » sans que personne ne bouge !

 

 

INfluencia : vous avez choisi un mode d’écriture « transmedia » en utilisant le thème du bovarysme dans un essai, en plaçant en fin de chapitre un blog et en renvoyant les lecteurs au blog « Bovary21 » où sont publiés des « billets d’humeurs de blogueuses contre la tyrannie de la tendance ». Écrire un roman ne suffit-il plus aujourd’hui ?

 

Georges Lewi : Ce roman, Bovary21, est écrit comme on vit, en multicanal. En narratif, en réflexif, en participatif, en prolongement, en rêve et réalité augmentée et mélangée. Une idée est une marque, en quelque sorte. Elle a droit, elle aussi à son « extension » c’est-à-dire au jeu de miroir entre les « initiés » qui s’approprient l’histoire pour la faire leur. La FNAC prépare, d’ailleurs, en janvier, une opération d’envergure pour prolonger Bovary21.

 

J’en profite pour en appeler aux prises de paroles contre la tyrannie de la tendance, dans tous les domaines : mode, culinaire, management, éducation… Sur le site Bovary21.fr, bien sûr !

 

 

INfluencia : Pourquoi lire ce « roman de rentrée » plus qu’un autre?

 

Georges Lewi : Parce qu’il dit que malgré les blogs, le marketing, les communications plus simples, la liberté sexuelle, rien n’a, peut-être, vraiment changé pour une fille 21.

Propos recueillis par Isabelle Musnik

 F. Bourin Editeur. version papier 18€. En numérique 9 €.

 

Dans Influencia, pourquoi la taxe Nutella va tomber à l’eau, le président normal va toujours plus mal et le crédit d’impôt risque de faire long feu..

Dans ma chronique bimensuelle sur Influencia, intitulé, « Décryptage du mythologue » j’ai posté une réflexion sur l’abus actuel de l’oxymore. Les trois formules de la taxe Nutella, du président normal, et du crédit d’impôt en sont de bons et très récents exemples.

En alliant dans une même formule les contraires, on croit résoudre la « quadrature du cercle » mais en abusant de l’oxymore, on finit par perdre toute crédibilité. « L’oxymorite aigüe «  aurait le même effet que la » crise aigüe » de l’euro et de l’Europe. On finit par s’y habituer.
On parle désormais d’abandonner la taxe Nutella, au goût devenu amer, on raille le président normal, et les entreprises commencent à se méfier du crédit d’impôt promis, espérons le, avant les calendes grecques…

Ma chronique sur: www.influencia.net

 

 

 

 

 

Tribune – Décryptage du mythologue: New-York, la perverse ?

« Le decryptage du mythologue » est une nouvelle tribune que je signe sur Influencia.

En plongeant New-york dans l’obscurité, l’ouragan Sandy a paradoxalement mis en lumière le mythe immortel de New-york. Plongée dans le noir, la ville a révélé que sa perversité nous était indispensable.

A l’annonce de l’ouragan, toutes les caméras (aidées, il est vrai par la future élection), filmèrent une ville devenue aussi triste qu’une sous-préfecture normande un soir de novembre.

Broadway sans ses lumières, Wall Street sans sa bourse, les rues sans personne, la ville barricadée de planches mal ajustées. New-York sans son marathon, sans son énergie vitale…New-York sans New-York ! C’est en creux que l’on a redécouvert la force de cette ville-capitale. Wall street est sans électricité et l’ensemble du monde économique plonge dans le noir. 50 000 marathoniens restent comme hébétés et le mythe du dépassement sportif fait du sur-place.

On peut, certes, jouer mais pas aussi bien qu’à Vegas, on peut grimper mais pas aussi haut qu’au Mont Blanc. On peut courir mais pas aussi vite qu’à New-York ! Cette ville symbolise le mythe, l’archétype de l’hubris, de la démesure, du désir sans limite. Ce désir inscrit au plus profond de chaque homme l’amène à se surpasser pour toiser les dieux, devenir leur égal et peut-être les dépasser. Car le désir humain est toujours un désir d’absolu, un désir de New-York. Alors lorsque la démesure faiblit ici, les lumières du monde entier vacillent.

Lire la tribune « New-York, la perverse » dans son intégralité sur Influencia