A quoi sert un mythe?

Simplement à comprendre ce qui nous arrive, pourquoi nous sommes  là, dans une situation donnée , et comment en sortir si on la juge pénible.

Le mythe raconte une histoire qui existe depuis toujours, ou presque,  et que des gens croient vraie.

Ils font donc, sans cesse,  référence à ce mythe pour comprendre leur propre situation.

Décoder les mythes, c’est interpréter l’actualité et s’inscrire dans la modernité. Car la modernité exprime d’abord, non la rupture (ça c’est la mode et pas la modernité)  mais l’intemporalité des situations.

Un exemple? L’identité nationale  et la mondialisation. Il s’agit du mythe ancestral des sédentaires et des nomades,de l’opposition fondamentale et de la guerre entre ces deux modes de vie.L’Histoire a montré que les nomades gagnaient toujours et que les citadelles encerclées finissaient par tomber. Une piste pour notre comportement?

Un autre exemple? Le féminin et la masculin. Il s’agit du mythe de Pandore, d’Eve, celui de l’espoir de l’humanité. C’est à dire de son avenir. C’est pourquoi, les sociétés qui doutent de leur avenir deviennent très vite misogynes, anti-féminines; en revanche, les sociétés (pays) qui affrontent l’avenir avec une certaine sérénité  prônent une certaine égalité des sexes.

Regarder les règles entre hommes et femmes revient à étudier non pas seulement la maturité d’une société mais son degré de confiance en elle-même.

J’ai identifié 36 mythèmes (oppositions binaires fondamentales). Chacune de ces oppositions et un turbo dans la compréhension, le décodage du monde.

Voilà à quoi servent les mythes; A comprendre notre propre vie.

Nouveau Pape. Le mythologue, le mythe et le religieux.

Quelques uns, les plus hardis osent poser la question lorsque je fais une conférence: « Est ce que la religion, c’est comme les mythes? »

Je n’aborde jamais  le religieux.De peur de choquer. Je connais trop de sincères et profonds croyants pour savoir qu’ils ne s’offusqueraient pas mais ne comprendraient pas le propos.

Le mythologue décrit les « invariants », les « mythèmes » selon l’expression de C. Lévy-Strauss, ces idées que les gens croient vraies depuis toujours. Il explique la façon dont elles ont été contées. ce qu’on nomme désormais le « StoryTelling » la meilleure façon de raconter une histoire pour lui assurer toute son efficacité.

Le mythe, par sa description des archétypes fondamentaux,  nous propose depuis toujours une porte de sortie car il nous raconte comment une opposition binaire inconciliable peut être transformée en une opposition conciliable à travers une résolution.

« Que la mythologie du chaman ne corresponde pas à une réalité objective n’a pas d’importance (Lévi-Strauss » Ce qui importe, c’est que l’individu y croit, en étant lui-même membre d’une société (globale ou tribale) qui y croit. La guérison repose sur un consensus des acteurs et une certaine  scénarisation de l’action:

  • le sorcier doit croire dans l’efficacité de ses techniques et les pratiquer « selon son statut ».Selon ce qu’on attend de lui.
  • le malade soigné doit croire dans le pouvoir du sorcier et se mettre en situation de penser pouvoir être guéri.
  • la collectivité doit croire dans la relation qui s’établit entre le sorcier et son patient.

Ce rapport  « intègre tous les éléments d’une situation totale où sorcier, malade et public, représentations et procédures, trouvent chacun leur place » 

Car fondamentalement le mythe explique la position de l’homme dans l’univers. C’est un point de rencontre fort entre mythe et religieux.

La narration est faite, de ce fait,  selon une structure immuable.Avec un objectif, un sujet, un opposant et un « adjuvant » magique et visible qui symbolise la possibilité, voire la certitude,  de la réussite.

Selon mes travaux les plus récents, il n’y aurait pas plus d’une trentaine de « mythèmes »,  d’archétypes fondamentaux qui « structurent » l’esprit humain depuis toute éternité. C’est peu! L’être humain évoluerait donc avec à peu près autant de chromosomes que de mythes.

Le religieux n’échappe sans doute pas à ces oppositions narratives binaires. Mais on m’objectera, à raison, que si le mythe est une fabrication du génie humain, il a bien fallu créer l’homme qui créa les mythes…

 

Le désir comme la mer est toujours recommencé.

Le « Bovarysme » est bien le mythe le plus humain.

Ou plus exactement ce que C. Lévy-Strauss a nommé le mythème, le principe du récit du mythe.

Claude Lévi-Strauss a proposé une analyse structurale des mythes. Il a mis en évidence les récurrences thématiques et formelles qui les organisent. Ces récurrences, il les appelle des mythèmes.

Grâce à ces mythèmes, on retrouve les mêmes structures mythiques dans toutes les civilisations.

Le mythème est le principe fondamental d’un récit mythique. Il se présente sous la forme d’un motif ou d’un schéma qui apparaît dans un certain nombre de récits (par exemple, le mythème de l’amour incestueux dans Œdipe, Electre, Lot…).

Les mythèmes sont toujours à la base de notre production fictionnelle, puisqu’on les retrouve en littérature, au cinéma, à la télévision et même sur le web.

Or le mythe des mythes repose sur le désir. L’attitude de se vouloir autre qu’on est, ou dans une autre position.

Bovary2013 sera le mythème de l’année. En Grèce (actuelle) ce sont les journaux qui annoncent de bonnes nouvelles qui se vendent et se lisent. Le désir d’être ailleurs, ne fût ce que le temps d’une lecture…