La sérendipité, et le droit à l’erreur comme nouveaux piliers générationnels des « nouveaux Bovary ». Mon papier dans la revue Influencia

 

Pour la dernière édition (super) intitulée « La jeunesse. Mais quelle jeunesse? » de la revue Influencia, j’ai écrit un papier introductif que voici dans son intégralité.

Bardés de sérendipité, Les « Nouveaux Bovary » exigent le droit à l’erreur. 

Le hasard est devenu intelligent. D’une bonne pioche sur Google ou Facebook, on peut résoudre la plus grande difficulté ou retrouver l’introuvable. Cette « nouvelle valeur générationnelle » c’est la sérendipité. Une désinvolture face à l’inconnu, un droit à l’expérience et par conséquent à l’erreur.

Petite définition: l’expression anglo-saxonne serendipity, dont l’équivalent français(sérendipité) ne figure pas encore dans les dictionnaires, désigne l’action de trouver quelque chose qui n’était pas initialement prévu.

Ce qui est vraiment nouveau c’est de trouver vite et surtout de trouver ce qu’on ne cherchait pas initialement. Les deux nouvelles générations s’en sont emparées : la génération Y des « digital natives » avec Google trouve tout ce qu’elle cherche ; la génération suivante, celle de Facebook, les « social digital natives » que j’appelle « Génération Bovary » pour sa propension à l’illusion cultive ses « amis » et rêve de rencontrer le monde entier.

Grandes conséquences :

Voici, comment le mot et la chose sont nés : [1]“Aux Pays-Bas, il y a une tradition chez les chercheurs: le vendredi après-midi, ceux-ci disposent de la liberté d’accomplir des recherches personnelles. Chaque chercheur a officiellement une marge de manoeuvre, sans être obligé de justifier ses actions.”  La sérendipité est une réponse à l’incertitude, à la rapidité deschangements, à l’impossibilité de prévoir…Pourquoi s’inquiéter ? L’histoire du monde a souvent été faite sur des événements imprévisibles.

 

Sérendipité, un optimisme joyeux de l’inattendu.

On a souvent le sentiment que cette  génération est « cool », zen, pleine d’humour et apporte son  « Lol quotidien » au premier agacement. La sérendipité est sans doute la cause d’un optimisme inavoué. Le monde est à nouveau ouvert ! Rien de plus « jouissif », de plus joyeux  que de trouver, de résoudre des problèmes, de devenir un «chercheur de bonheur. ». Une nouvelle valeur est née, aussi universelle qu’une autre et sans doute plus « fun », plus joyeuse, plus créative comme  si on avait trouvé  un don magique, celui de faire des découvertes heureuses.

La sérendipité est d’abord le fruit de la rapidité. On va vite, on tape presqu’au hasard, sans corriger chaque mot. Un éclair ? On va plus loin. On crée le lien. On reste souvent peu de temps…

Cette démarche générationnelle est à la fois le fruit d’une intuition, du hasard et du travail. Bref une démarche quasi scientifique qui ne dirait pas son nom.

Une nouvelle manière de travailler est née depuis les années 2000 avec internet, les moteurs de recherches, les réseaux sociaux, la wikimania qui consiste à aider quiconque s’interroge sans nécessairement attendre une réponse. La sérendipité est en passe de redonner tout son sens au mot « innovation ». En trouvant ce qu’on ne cherchait pas, on retrouve la logique même de l’esprit scientifique, curieux, ouvert et créatif. Le contraire de la R&D, la recherche très orientée qui absorbe la majorité des budgets des grandes entreprises et qui donne de moins en moins de résultats. La R&D est tournée vers le passé ; l’innovation et la sérendipité vers l’inconnu, c’est-à-dire vers l’avenir. C’est la caractéristique de cette génération qui a compris que tout n’est pas écrit d’avance et que tout ne peut pas être « processé ». Cette génération a redécouvert, malgré elle sans doute, l’essence même de l’esprit scientifique.

 De la sérendipité au droit à l’erreur.

Cette pratique quasi scientifique, cette confiance en un hasard heureux les a conduits à gagner un deuxième comportement, celui du droit à l’expérience. Le droit de tester. En marketing bien sûr où l’on ne cesse de parler de marketing expérientiel, mais également le droit de changer d’avis. Désormais on passe une commande sur le net, on peut renvoyer sans frais  et sans explications. Le droit à l’erreur est né.

L’entreprise veut voir appliquer des « méthodes éprouvées  mais cette génération veut  pouvoir tester pour prouver qu’on peut arriver au résultat plus vite, plus surement, avec moins de contraintes. La co-création s’impose  car il n’y aura plus jamais de solutions toutes faites. Tant pis, si on se trompe. On aura essayé !

 Du droit à l’expérience au droit à l’ailleurs.

 La première expérience que cette génération a souvent connu au travers du tourisme a été le droit à l’ailleurs, le droit à la rencontre, sur les réseaux sociaux et bien réelle lors d’un apéro Facebook, d’un brunch ou d’un anniversaire improvisé. 250 millions de personnes (jeunes en très grande majorité)  changent de pays chaque année : autant Nord-Sud que Sud-Nord, Sud-Sud et Nord-Nord. La société va devoir là aussi en tenir compte. Le phénomène va en s’amplifiant.

Génération de l’expérience, cette génération est d’abord celle de l’expérience de l’autre, voire de l’altérité. En France, plus de 25% des mariages sont des mariages mixtes et ce depuis une décennie. Faire son expérience c’est rejeter les schémas tout faits, réinventer sa vie et laisser le « bon hasard » jouer sa partition.

Ce droit à l’expérience, à l’ailleurs, ils veulent l’exercer dans tous les domaines, au niveau politique, au niveau religieux où les changements sont désormais fréquents et où le paradoxe est devenu la règle.

 De la sérendipité au refus de la hiérarchie.

Ces « petits nouveaux » sont un vrai casse-tête pour les recruteurs. Ceux-ci pensaient qu’avec le chômage, ils allaient avoir une main d’œuvre docile. Pas du tout ! Ayant intégré la sérendipité comme une seconde nature, le droit à l’expérience comme un nouveau mode de fonctionnement, ils ne s’en laissent pas compter. La génération Y discute chaque point du contrat et la génération qui suit, la « génération Bovary » en appelle à tous ses « fans » « followers » et « amis » avant d’accepter une embauche. En place, ils continuent à faire leurs expériences, faisant fi des habitudes de l’entreprise ! Etre le hiérarchique de cette nouvelle jeunesse va devenir un métier. Pouvoirs publics et entreprises, sans l’avouer sociologiquement, en sont si conscients qu’ils viennent de donner un statut et des avantages sociaux « au tuteur », senior censé « formater » cette jeunesse à la sérendipité trop bien pendue !

 Des « Pro-am » qui remettent  en cause les hiérarchies acquises.

Cette habitude de touche à tout qui leur réussit plutôt, en fait des « pro-am », des amateurs-professionnels dans chacun de  leurs domaines d’intérêt.

Le patient en sait plus que son médecin, le consommateur plus que la marque, le citoyen plus que l’institution. Ceux qui raconteront des balivernes seront vite stopés ! Les manifestations numériques sont nées.

Pour la première fois, « l’apprenant » en sait plus que le « sachant ». Cette inversion de la pyramide n’a pas fini d’avoir des conséquences.

Le doit à l’expérience, conséquence de la sérendipité, inverse l’ordre établi. C’est une révolution des esprits plus durablement installée qu’une barricade de 68. N’en déplaise aux « anciens » !


[1]     Pek van Andel et Danièle Boursier de l’ouvrage   « De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit : Leçons de l’inattendu »[1]  L’Acte Mem (collection libre science)2008.

La fin du mythe Branson et d’un certain type d’illusions. Quel sera le nouveau mythe 2013 ?

Richard Branson  est né en 1950, cette génération de la fin des baby boomers heureux qui ont cru défier le « vieux monde ». Il s’attaque à tous les monopoles et réussit assez bien sur les « monopoles faibles et éparpillés » comme la distribution culturelle mais se casse les dents sur les dents sur les monopoles structurés : les colas, les compagnies aériennes.

Il a surtout compris le rôle de la marque unique : Virgin Megastore, Mobile, Cola…et désormais Galactic avec le tourisme dans l’espace.

 

  • La fin de Virgin megastore, la fin du mythe Branson ?Toujours classé parmi les grandes fortunes mondiales, toujours beau gosse, toujours sportif et plein d’idées, la fin du megastore des champs Elysées (qu’il avait cédé en 2001) marque, pour un Français,  la fin du mythe Branson, du mythe du sale gosse, challenger des quasi monopoles bien établis. LA FNAC  était un « petit joueur », AMAZON est d’un autre calibre !
  • La fin d’un certain type d’illusions ?Les challengers qui avec les mêmes armes tentent de renverser les colosses en place, dans une économie mondialisée, ça ne marche plus ! Les low cost sont venus avec d’autres armes, et, même dans cet univers, peu résistent vraiment. Beaucoup évoluent vers un « marketing plus classique ». Les illusions du petit David qui va battre Goliath se sont envolées. Les « vieux leaders et leur modèle économique » reprennent presque partout le dessus.
  • Quelles mythologies pour 2013 ? Vers quelles nouvelles illusions ? Rassurons-nous, l’être humain n’a pas fini de rêver ! Les illusions sont encore plus fortes en 2013 qu’en 1983 mais elles sont plus imprévisibles. Elles viennent du monde encore inconnu du Web et de la nouvelle « valeur » la sérendipité, le pur hasard heureux qui se transforme en réussite…et souvent en richesse pour les geeks idéatifs. Les investissements sont moindres, les équipes plus faciles à mobiliser, la revente et le gain plus rapides.

 

La rencontre la plus inattendue devient le symbole de ces nouvelles attentes et de ce nouveau mythe. La sérendipité sera la « valeur 2013 ». A vos idées les plus farfelues, à vos airs les plus kitch…La génération Branson était à la recherche de héros « politiques », la génération des Nouveaux Bovary est en quête d’anti-héros événementiels.

Dans son dernier essai, « Les Nouveaux Bovary » (Pearson fin 2012)  qui se lit comme le roman d’une génération, Georges Lewi, professeur au Celsa, mythologue (et spécialiste des marques), décrypte le phénomène de ces « nouveaux Bovary », nouvelle génération de l’illusion. Comme l’héroïne de Flaubert, ils rêvent d’une vie plus exaltante, et les médias sociaux sont pour eux le moyen de se rebeller contre l’insatisfaction éprouvée dans « la vraie vie ».

Qu’est-ce qu’un mythologue apporte ? Il  analyse la société au travers des représentations mentales qui existent dans l’esprit humain « depuis toujours », les mythes (ou mythèmes) , les archétypes que les gens connaissent et qu’ils croient vraies, ce qui facilite, par comparaison,  leur appréhension et leur compréhension du monde.

 

Orange amère pour le mythologue et Depardieu. Réponse tardive à notre cher médiateur du Monde.

Je déménageais le 20 décembre et malgré, ce que je croyais être le maximum de précautions, pas d’internet en arrivant.
Pendant 10 jours. Orange amère!

Mon blog s’ennuie depuis. Moi de vous. Vous de moi peut-être. Une seconde peau ,un nouveau besoin est né. Tenir son blog.  Plaisir d’écrire; Certains l’affirment, plaisir de me lire.

Le médiateur du monde me lit.Et il me cite le le 21 décembre 2012. A propos du mythe Depardieu. Comment appeler autrement un acteur qui s’immiscie dans la politique fiscale d’un pays au point d’en devenir un symbole plus affirmé que celui du milliardaire  Bernard Arnaud ?  « Comme Cyrano de Bergerac, Depardieu est un concentré de Francitude au coeur aussi gros que le ventre et la gueule ». Certains lecteurs du Monde disent l’inverse: « On voit qu’il est bon comédien pour avoir joué avec un tel talent un personnage à ce point de composition » affirme un autre internaute cité par le médiateur du monde.

Orange amère qui a privé le mythologue de son blog et pour Depardieu, le mythique acteur de son propre personnage, outrancier, libertaire et généreux (sauf avec le fisc!).

Cet homme me rappelle un  autre géant que j’avais côtoyé, il y a bien des années. Il avait été le créateur de la marque de lingerie LOU et ensuite de la marque KARTING.Il avait déménagé son usine (on changeait à l’époque de commune, pas de pays) pour protester contre d’une taxe professionnelle trop lourde. Quand il mourut, il y a peu, il légua sa fortune à ses salariés et à la SPA, les deux seuls « attachements » de sa vie. Certains commentaires lui reprochèrent « post mortem » d’avoir mis sur le même plan un lien humain et animal.

On n’a pas toujours  le choix du spectacle dans ce théâtre d’ombres où chacun cherche ses rites de passage, des animaux aux humains, d’un pays à un autre, du néant à internet, de 2012 à 2013…

Bonne Année.

Que les oranges vous soient douces et la sérendipité au rendez-vous!