Actions de groupe/Class action: “mes clients sont mes ennemis”…Le tragique du marketing.

La “class action” à la française va naître.  Edulcorée, offerte aux associations de consommateurs comme si on leur donnait une chaîne télé, avec la naissance annoncée d’une nouvelle spécialité d’avocats. Bref un premier pas, prudent,  dont nul ne sait s’il s’américanisera ou s’il fera “plouff”. Mais le marketing est le premier perdant de cette bataille.

Pour les gens de marketing et les brand managers, c’est une nouvelle contrainte à prendre en compte. Certes, celle-ci sera mieux comprise que certaines réglementations tatillonnes.
Mais ces “class actions” inversent la proposition naturelle du marketing qui promet aux consommateurs le meilleur ou le plus adapté du savoir faire de l’entreprise.ces futures actions en justice  développent déjà l’adage qui affirme que  “mes clients sont mes ennemis”. L’opposé con-substanciel du marketing! Le marketing est l’art de la segmentation et a pour objet de fournir à chacun le service ou le produit le mieux adapté à ses besoins ou ses désirs.

L’existence même de l’action de groupe (class action) exprime la défiance des consommateurs réunis en association (donc de façon a priori inintéressée)  vis à vis de l’entreprise, de la marque et de son marketing.
Cette nouvelle loi va introduire, une fois de plus, la suspicion entre l’entreprise et le citoyen. Au nom de la transparence, de la lutte du pot de terre contre le pot de fer. elle pointe en a priori, la méfiance du citoyen vis à vis de l’économique censé s’être ligué contre lui !

Je ne comprends pas comment le marketing, si avisé, n’est pas parvenu à faire partager au plus grand nombre son utilité, pourquoi le mot “marketing” est une insulte de plus en plus décriée dans la bouche du commun des mortels.

Certes il y a un tragique du marketing, une tension entre la satisfaction du consommateur et la rentabilité de l’entreprise. Mais cette tension n’est pas plus forte que celle de tout être humain tiraillé entre le partage, le plaisir de faire plaisir et la nécessité de conserver une intimité, une zone personnelle, une résistance aux autres et à l’altruisme pour se préserver.

C’est une part du bovarysme, cet élan vers autrui et cette part de solitude. dans mon essai “Les nouveaux Bovary”, paru récemment, j’ai pointé l’approche fondamentalement différente de la génération des réseaux sociaux; ils savant ce que marketing et buzz veulent dire. Ils en prennent et jettent. Pas besoin de class action! Dommage que notre personnel politique soit de l’ancien temps, celui des idéologies!

Les marketers devraient savoir exposer cette part de leur vécu. On y gagnerait tous.

 

Les publicitaires renoncent à être des gourous. Ce que je n’ai pas dit à Influencia…ou le mythe du couteau suisse.

D’abord mon papier du 2 mai 2013 sur Influencia (pour ceux qui ne l’ont pas lu):

Selon un article du “Monde” du 27 avril 2013, le patron d’Havas Worlwide France renoncerait, après l’affaire Cahuzac, à l’activité de conseil en politique. Est-ce une bonne chose ?
« Il faut s’interroger sur les conditions d’exercice d’une activité qui représente 1% du chiffre d’affaires du groupe et 99% de ses emmerdes », affirme au quotidien Stephane Fouks dont l’équipe a conseillé DSK, et pas mal de ministres dont Jérôme Cahuzac.

Vendre un baril de lessive ou un homme politique, la  même technique?

Voilà une question qui se pose depuis la glorieuse ascension de Jacques Seguela qui a fait croire à tout le monde que son talent faisait des présidents et des vainqueurs. Partout. Urbi et Orbi. Dans la ville de la proximité politique et dans le grand monde de la globalisation des marques et des entreprises.

La technique est la même. Les médias, le buzz sur le net, la proximité des militants et du linéaire de la distribution, la promesse de « laver plus blanc » ou la promesse électorale. Les publicitaires habitués à manier ces techniques savent faire ce job technique  pour un personnage public. C’est évident.

Vendre un baril de lessive ou un homme politique, le même storytelling?

N’en déplaise à Christian Salmon, la logique du storytelling ne doit pas être mise en cause. Storytelling n’est pas une insulte mais une méthode de persuasion. C’est celle de la rhétorique ; de quel droit, on interdirait à un candidat ou à ses conseillers d’user des méthodes rhétoriques qui ont montré leur efficacité depuis la nuit des temps ? Comme pour une marque, un politique doit savoir et pouvoir exprimer sa vision, définir contre quel fléau il se bat, et montrer ce qui justifie qu’il réussira mieux et plus vite qu’un autre.

Vendre un baril de lessive ou un homme politique, le même métier?

Là non ! Ce n’est pas le même métier. A cause de la différence entre la force de l’inertie d’une grande entreprise d’un côté et la fragilité du personnage sans cesse exposé à l’opinion de l’autre. A cause du temps imparti à l’un et à l’autre. La grande entreprise a un an, deux ans, trois ans, cinq ans…, le personnage public une semaine, un mois, cent jours au mieux. Un paquebot à tribord, un voilier à bâbord ! Avec une entreprise, son conseil a du temps. Avec un personnage public, son diagnostic doit être juste tout de suite et tenable sur le long terme. La « pub » et ses paillettes éphémères n’a pas sa place sous l’œil de la démocratie. Certains ont payé tout le quinquennat une seule soirée au Fouquet’s !

Vendre un baril de lessive ou un homme politique, la  même vérité ?

Qu’est-ce qu’une marque ? Un nom sur un produit ou une entreprise. Ce nom, les publicitaires, essayent d’en faire une « personnalité » au travers des plateformes de marque, des promesses de marque, des contenus de marque et même récemment, sommet de l’abus de langage, de « culture » de marque. Mais une marque n’existe pas. C’est une perception des consommateurs. La marque est pilotée par des managers qui vont lui donner une personnalité, ou la faire disparaître selon les besoins. A contrario, un homme ou une femme politique est d’abord un être humain qui a son libre arbitre. On ne pilote pas un être humain comme on le ferait avec une image construite de toute pièce. Le mélange des genres n’est pas permis !
Les publicitaires, gens intelligents auraient dû comprendre depuis longtemps que la marque est un « objet » et le politique un « sujet ».

C’est une différence majeure même si le panneau d’affichage qui portera le message pour l’un ou l’autre est bien le même !

Ce que je n’ai pas expliqué à Influencia. Le mythe du couteau suisse.

Notre société est victime depuis longtemps du mythe du “couteau suisse”. Il est rouge, se voit bien, semble compact, se trans porte facilement avec soi et s’impose dans notre vie comme LA SOLUTION en cas de problème.
Les publicitaires se sont faits passés pour des “couteaux suisses” capables de résoudre tout type de problème et de répondre à toutes les questions.Ils sont devenus passe-partout et sont sortis de la technique pour s’affirmer comme “spin doctors”, “lobbyistes”…

Par facilité, les entreprises les suivent. Comme le couteau suisse, elles les ont sous la main. Ils ne se sont pas privés de s’arroger la publicité bien-sûr, le CRM, le branding, le e-branding, le personal branding, les RP, le design, et bien sûr la communication publique sous toutes ses facettes.

Mais un couteau suisse n’est pas assez “pointu” pour jouer au scalpel, un publicitaire pas assez acéré pour opérer la société à coeur ouvert.

A quoi sert un mythe?

Simplement à comprendre ce qui nous arrive, pourquoi nous sommes  là, dans une situation donnée , et comment en sortir si on la juge pénible.

Le mythe raconte une histoire qui existe depuis toujours, ou presque,  et que des gens croient vraie.

Ils font donc, sans cesse,  référence à ce mythe pour comprendre leur propre situation.

Décoder les mythes, c’est interpréter l’actualité et s’inscrire dans la modernité. Car la modernité exprime d’abord, non la rupture (ça c’est la mode et pas la modernité)  mais l’intemporalité des situations.

Un exemple? L’identité nationale  et la mondialisation. Il s’agit du mythe ancestral des sédentaires et des nomades,de l’opposition fondamentale et de la guerre entre ces deux modes de vie.L’Histoire a montré que les nomades gagnaient toujours et que les citadelles encerclées finissaient par tomber. Une piste pour notre comportement?

Un autre exemple? Le féminin et la masculin. Il s’agit du mythe de Pandore, d’Eve, celui de l’espoir de l’humanité. C’est à dire de son avenir. C’est pourquoi, les sociétés qui doutent de leur avenir deviennent très vite misogynes, anti-féminines; en revanche, les sociétés (pays) qui affrontent l’avenir avec une certaine sérénité  prônent une certaine égalité des sexes.

Regarder les règles entre hommes et femmes revient à étudier non pas seulement la maturité d’une société mais son degré de confiance en elle-même.

J’ai identifié 36 mythèmes (oppositions binaires fondamentales). Chacune de ces oppositions et un turbo dans la compréhension, le décodage du monde.

Voilà à quoi servent les mythes; A comprendre notre propre vie.

S. Fouks d’Havas renonce à son activité de conseil politique. Deviendraient-ils sages?

Le mythe de la langue, la pire et la meilleure des choses, selon Esope, n’a jamais été autant d’actualité.

J. Seguela a fait la gloire (et la richesse bien souvent)  des agences de pub. en affirmant partout qu’il avait fait élire grâce à son talent publicitaire (qu’il continue de promener à travers les médias) F. Mitterrand, le premier président de la République de gauche.

La pub sortait de l’ombre, du métier technique de communicant  pour devenir le symbole d’une nouvelle société ouverte et sans complexe.

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Toujours Apple, marque leader, challenger ou suiveur? L’article du Monde.fr

Des ventes maxi pour l’iPad mini. Et au bout du compte, l’annonce du premier recul du bénéfice net d’Apple en près de dix ans. Entre janvier et fin mars, le bénéfice net du groupe informatique américain est tombé à 9,5 milliards de dollars (7,3 milliards d’euros), soit 18 % de moins que l’année précédente sur le même exercice.

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Le grand retour du son de la voix. Ou le mythe de la vérité.

Il m’a été demandé de venir pour une “web radio” lire une page de mon dernier essai: “Les Nouveaux Bovary”; (Pearson 2012) C’est une initiative de Dominique Dufour, un des ces nouveaux  touche-à tout du monde digital, ” assez géniaux et de ce fait toujours  inclassables sauf dans la catégorie “A fréquenter Absolument”.

J’ai pris le temps de choisir la page 133 sur le droit à la minute de gloire où une journaliste conseille à ses jeunes lectrices de passer la journée le dimanche en pantalon de pyjama et de se balader ainsi en ville.

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