Note de lecture des “nouveaux Bovary” par Alban Martin. Alban écrit “il m’a fallu 3 heures pour le dévorer…”

– Les Nouveaux Bovary, de G. Lewi, Pearson

==> sous titré de manière explicite “Génération Facebook, l’illusion de vivre autrement? “, cet ouvrage est facile à lire: d’une part l’auteur mélange références classiques et analyse socio technologique avec beaucoup d’habilité ; d’autre part, il écrit dans un style très abordable. Il m’a fallu 3 heures pour le dévorer.

Il est intéressant d’avoir lu bien sûr Madame Bovary de Flaubert, afin de saisir toute la profondeur des analyses; pas la peine cependant d’en connaitre tous les passages par coeur. On se laisse porter par les aller-retours entre les usages de cette nouvelle génération très connectée, et les rêves et aspirations (manquées) de Madame Bovary, à qui facebook aurait pu sauver la vie….

Globalement, l’auteur relève plusieurs caractéristiques des “nouveaux Bovary”, argumentées de manière convaincante : l’illusion de la transparence, l’illusion du féminisme, l’équité, le hasard, le pacifisme, le droit à la minute de gloire… Là où certains livres s’arrêtent à un relevé superficiel de ces traits, l’auteur fait preuve d’un esprit critique salvateur par rapport à tous les préjugés entendus à longueur de journée sur le sujet. A lire vite

Merci Alban!

http://cocreation.blogs.com/alban/2012/11/notes-de-lecture-g-lewi-d-fayon-et-c-balagu%C3%A9-l-gille.html

Il faut s’imaginer Sisyphe heureux. Le mythologue et le bonheur humain.

En ces temps compliqués, où personne ne sait de quoi demain sera fait, où chacun a le sentiment de valser sur un volcan, le mythologue se souvient de cette parole d’Albert Camus qui revient -et c’est tant mieux- furieusement à la mode.

Rappelons nous d’abord que Sisyphe, malgré tous ses défauts, refusait la mort pour l’humanité et enchaîna Thanatos (la divinité de la mort) si bien que plus personne, en “ces temps là”, ne mourrait plus. Cela déplut à Zeus qui le condamna, à vie, à remonter son fardeau qui retombait inexorablement.

On considère généralement le mythe de Sisyphe comme le symbole du travail ingrat, voir absurde.

Albert Camus,  tout en reconnaissant la difficulté à assumer ce travail répétitif poussa la comparaison jusqu’au bout du paradigme de l’humaine condition. Et, oui, les temps sont durs! mais on peut les accepter avec le sourire.

On peut, on doit peut-être, être heureux d’être un être humain, doté de libre arbitre, susceptible de refaire son job, sans cesse, pour essayer de faire avancer le monde. Même si on a quelquefois le sentiment de recommencer “un peu trop”.

Comme les ouvriers à la chaîne, nos hommes politiques doivent se dire que la parabole de Sisyphe a sans doute été inventée pour eux. Car, non seulement, ils remettent sans cesse sur le métier leur tâche mais ils doivent donner le change , nous présenter un visage heureux.

“Il faut s’imaginer Sisyphe heureux” . Sisyphes consentant , des temps modernes, les hommes politiques sont peut-être heureux in fine…Qui sait?

Camus avait-il raison, une fois de plus?

Les 4 bonnes questions de François Laurent sur l’essai “Les Nouveaux Bovary” (Pearson 2012)

MarketingIsDead : Tu qualifies de Nouveaux Bovary la Génération Z (que tu nommes aussi Génération Facebook) : du village d’Emma au village global ? C’est surprenant pour le lecteur contemporain – et je ne parle pas du lecteur de la Génération Z.

MarketingIsDead : Quand tu évoques les valeurs de cette génération, équité, pacifisme, ce n’est pas sans évoquer en moi une autre génération, celle qui a eu 20 ans à la fin des années 60, celle du pacifisme de Woodstock …

MarketingIsDead : Les Nouveaux Bovary, c’est une génération qui aspire à vivre autrement … et on peut les comprendre ! Mais tu qualifie ces aspirations, d’illusion : c’set impossible d’espérer un monde meilleur que le nôtre ?

MarketingIsDead : Finalement, pour le petit monde de l’entreprise, cette Génération Facebook, c’est quoi : un challenge, une opportunité, un désastre ?

Et mes réponses sur http://marketingisdead.blogspirit.com/archive/2012/11/04/le-nouveau-bovary.html

Gallois ou le mythe de l’expert.

Le général et le philosophe, le monarque et l’écrivain, le dirigeant et l’expert. Depuis la toute première origine de la société, les hommes d’action ont eut besoin d’éclaireurs, quelquefois des bouffons, souvent des metteurs en valeur.
Les experts  sont flattés d’être -enfin- reconnus et dans la lumière, les dirigeants les utilisent pour leurs analyses, mais surtout comme paravents.

Un peu de lumière contre une grande  illusion de pouvoir.Finalement tout le monde y gagne.

L’expert joue au sphinx, devient mystérieux comme si de lui dépendait la bonne marche du monde. Le dirigeant le loue mais l’ignore souvent et fait mine d’utiliser les idées qu’il était disposé à défendre. Les rouages sont bien huilés.

Ce jeu du roi et du bouffon est bien convenu. Tant pis pour le débat! Tant mieux s’il permet à la société de bouger, un peu…

Le mythologue ne s’en plaindra pas.

Georges Lewi, mythologue, le nouveau Bovary?

C’est ainsi que mon ami  François Laurent dans son blog, marketingisdead, me  nomme.
Je n’y avais pas pensé. Suis-je devenu, à force de mimétisme à mon tour  un nouveau Bovary? C’est assez drôle comme ce titre inspire. Certains nomment mon essai, “Les Nouveaux Bovary”, les Enfants de Bovary, d’autres Les filles D’emma….

A voir mon interview de ce grand spécialiste des réseaux sociaux  sur: http://marketingisdead.blogspirit.com/archive/2012/11/04/le-nouveau-bovary.html

Comment construire un mythe? La moutarde d’Abu Dhabi.

Lors d’un de mes déplacements d’enseignant à ABU DHABI pour le CELSA(PSUA. ParisSorbonne), je fis un saut, accompagné de mon cher Ali, étudiant zélé dont j’avais été le maître de mémoire de Master, dans un des nombreux centres commerciaux pour rapporter un cadeau symbolique à mes deux petits enfants (6 et 5 ans).

Ne trouvant rien pour ces deux bambins, j’allais vers les rayons confiserie du supermarché.Je ramenais un Toblerone identique au “Toblerone d’ici” puis en passant devant la moutarde je me souvins que le moutarde forte “à la française” ne convenait pas à mon petit Gustave, amateur de viande saucée-sucrée comme il se doit.
Je pris alors un pot en forme de poire de moutarde américaine, douce et sucrée comme du Ketchup.

Ali , toujours discret ne dit rien mais dut penser que ces occidentaux étaient vraiment des gens surprenants.Je le vis à son regard.

Je  fis au retour devant mes petits enfants le storytelling de la moutarde d’Abu Dhabi , de son goût extraordinaire, des vêtements immaculés des émiratis ( habitants des émirats), des 4X4 en pagaille, du soleil, des piscines sans fin…

Gustave apprécia et ne jure, désormais que par la moutarde d’Abu Dhabi et le nom de l’émirat, tel celui de Dijon, est devenu le symbole de la moutarde. Ce qui se joue avant six ans, se joue pour toute la vie nous ont appris les pédo-psychiatres!

Lorsqu’un de ses petits copains est venu déjeuner à la maison, il lui vanta à son tour le goût extraordinaire de cette moutarde américaine basique. Le copain est, sans nul doute,  en train de harceler ses parents pour trouver chez Monop’ de la moutarde d’Abu Dhabi…Bientôt la cantine de l’école va devoir s’y mettre…

Un mythe est né. Il n’en faut pas plus Le mythologue le sait bien.Une histoire crédible, un bon public, une petite dose de sensorialité…

Il ne me reste plus qu’à demander à mon cher Ali de me faire des envois réguliers du précieux nectar.

D’un mythe à la marque, il n’y a qu’un pas. celui du marketing.

 

La logique des mythes n’a jamais été aussi forte.

Le mythologue a toujours des difficultés à expliquer pourquoi le monde est en train, sous nos yeux , de passer de la seule lecture des faits à leur interprétation. Pourquoi nos contemporains, à commencer par les plus jeunes, ceux que j’appelle les “Nouveaux Bovary” passent du “logos”, de la raison au “muthos”, à la narration de ce que l’on voit ou analyse.Pourquoi, ils peneent qu’ils sauveront le monde alors que tous les experts désespèrent.

Les travaux de Bruno Latour sur la modernité nous aident bien à comprendre ce glissement de la pensée.

Il joue sur deux paramètres: les faits et les valeurs. Au travers de l’histoire, il distingue trois temps dans la pensée humaine: une époque mythique où les faits inexpliqués deviennent des divinités, des valeurs. Puis vient le temps de la modernité, faits et valeurs sont bien séparés. A notre époque, malgré les avancées de la science, les sceptiques reprennent le dessus. Les discussions sur le climat sont caractéristiques du phénomène. On pensait comprendre, on ne maîtrise rien. On croyait pouvoir expliquer et les faits eux-mêmes nous échappent.
Alors le troisième temps arrive, je l’appellerai volontiers celui de la mytho-modernité: le mythe, la valeur, la divinité reprend le dessus et nous donne une explication des faits qui perdent ainsi de leur indépendance “scientifique”. Puisque nous nous ne comprenons pas tout de façon rationnelle, alors nos contemporains se (re)disent qu’on a, de nouveau,  besoin d’une part d’explication irrationnelle.
Le temps du mythe revient puisque le temps de la raison n’a pas pu répondre à 100% aux exigences de la raison . L’homme retrouve son besoin de narration, d’explication un peu magique des choses, de père Noël de l’humanité. Lorsque la complexité semble nous emporter, l’humanité retrouve le chemin de la simplicité du mythe.Car le mythe est simple là où la raison est toute complexité, doute, recherche sans cesse renouvelée.

Finalement, c’est bien ainsi. La pensée magique et la pensée rationnelle se retrouvent enfin. Notre époque est syncrétique et c’est ce qui la rend si attachante, si pleine d’espoir. A la fois fracassante et consensuelle, du fracas des idées qui s’affrontent et du consensus des idées, des gens  et des faits partagés dans les réseaux sociaux et ailleurs.

Le mythologue Georges Lewi peut-il réaliser du personal branding? Le branding appliqué à l’humain…

J’étais avec un ami de grand talent qui se cherche un peu comme beaucoup d’entre nous, à qui j’avais proposé de travailler sur son “personal branding”.

Le considérer comme une marque et faire l’analyse de son “mythe fondateur”, de ses “moments héroïques”, de son “storytelling” susceptible d’être présenté et valorisé…

Je ne suis ni coach, ni psychologue mais j’analyse les marques avec les lunettes du mythologue. Elle retrouve ainsi un chemin simple, presque ‘une évidence,en proximité avec quelques archétypes majeurs. Elle retrouvent presque leur propre vérité.

Avec les amis, je l’ai fait deux ou trois fois. Quel bonheur d’écouter ces gens d’exception exprimer leur chemin, souvent bien construit, qui ne demande qu’à être complété pour avoir l’assurance que c’est bien leur voie…

Les marques sont des objets, les humains des sujets. C’est pourquoi, ils doutent plus, symbole même de l’humaine condition, toujours si forte et si fragile…Les marque appliquent plus facilement les “recommandations”, l’ami s’interroge mais en retient généralement l’essentiel.

Branding et personal branding sont les enfant d’une même méthode mais heureusement l’objectif n’est pas le même…